Résumé du livre Le hold-up planétaire
25 mai 2004 dans Critiques
Prologue
Le professeur en informatique Roberto Di Cosmo et la journaliste Dominique Nora ont co-écrit Le hold-up planétaire, la face cachée de Microsoft aux éditions Calmann-Lévy, 1998.
Ce livre propose une vision inhabituelle de la position de Microsoft sur le marché informatique mondial et surtout sur la place cette sociéte dans notre vie privée. Nous avons dégagé pour vous les arguments phares que Roberto Di Cosmo expose tout au long de l’ouvrage. Bonne lecture.
Une volonté hégémonique sur les systèmes d’information
L’objectif évident de Microsoft est d’avoir le monopole des transferts d’informations. Les logiciels peuvent envoyer des informations à l’insu des utilisateurs et il est possible de définir ainsi leur profil de consomation. Ce type de données recherchées sur le marché se vend très cher. Ainsi, la liberté de chacun est menacée de façon plus qu’évidente par ce genre de procédés.
Mythes et réalités
La société Microsoft est créée en 1975. Ce n’est pas elle qui a inventé le language Basic (1964 John Kemeny et Thomas Kurtz), comme le voudrait le mythe, mais elle a inventé un interpréteur. Ce n’est pas elle non plus qui a inventé Q-DOS (qui devient MS-DOS) : elle l’a acheté à une PME.
Dès sa fondation elle a su racheter des licences et faire évoluer des produits, trop souvent avec une base déjà médiocre. Microsoft a toujours la capacité de "coller au marché" : en 1995 après avoir observé le succés de Netscape, elle entame et réussi son le virage Internet.
Mauvaise qualité sans cesse renouvelée
L’ajout dans ses logiciels de nouvelles fonctionnalités que presque personne n’utitilise et la modification incessante des formats de fichiers n’a qu’un seul but : faire racheter chaque année aux utilisateurs des produits Microsoft afin de pouvoir toujours échanger des données.
De plus, grâce aux systèmes de formats propriétaires, Microsoft peut attaquer ses concurrents qui essayent de faire des produits similaires et compatibles Windows.
La nécessité d’employer l’application defrag est le symptôme de la mauvaise qualité technique des logiciels. La fragmentation des données n’existent pas sous les systèmes de type Unix. Microsoft a la capacité de faire passer ses défauts pour des fonctionnalités avancées et de faire payer (chèrement) la correction des bugs aux utilisateurs... Microsoft est certainement la seule sociéte assez implantée et assez démagogique pour faire payer ses versions beta aux testeurs et qui n’offre aucune garantie pour les produits "finis".
Plus grave, la mauvaise qualité et la volontaire méprise des précautions de sécurité à laisser la porte ouverte aux virus avec des infections d’échelle mondiale. Le language macro de Word et Excel a permis aux virus de se développer sur PC mais aussi sur Mac. Avec l’incorporation du logiciel OutlookExpress les virus peuvent contaminer la machine sur un simple clic pour ouvrir l’e-mail infecté.
Quand majorité signifie légitimité...
Quand un système d’exploitation occupe plus de 80% des PC, la comptatibilté avec lui est vitale pour les éditeurs de logiciels. D’ailleurs on observe un glissement du vocabulaire : aujourd’hui le terme de PC désigne une machine équipé de Windows. Depuis quelques mois la mention sur les CD-ROM "pour PC" se transforme en "pour Windows" et parfois même "pour Linux" !!!.
De plus le poid écrasant de Microsoft lui confère une légitimité de fait : peut-on reprocher à un responsable informatique d’avoir choisi Windows NT ? La nécéssaire interopérabilité assoie encore la puissance de l’editeur qui a le monopole.
Un arsenal de méthodes commerciales douteuses
« Microsoft a un discours public en totale contradiction avec ses pratiques. D’un côté il dit : nos logiciels sont les meilleurs puisque le public les choisit. De l’autre, il déploie un arsenal très sophistiqué pour empécher à tout prix ce public de choisir autre chose que ses produits. » p 82. Cette phase résume à elle seule la position de Microsoft.
Pour noyauter le marché, la société s’assure le monopole en fournissant le seul système d’exploitation distribué sur les PC vendus montés par Gateway, Compaq... Il est aujourd’hui matériellement impossible d’acheter un PC à un grand constructeur sans avoir Windows d’installé (que l’on a bien sûr payé) et de se faire rembourser la licence de Windows si en a déjà une ou si on ne souhaite pas l’utiliser. Cette pratique commerciale est ouvertement illégale, cela s’appelle de la vente liée.
Microsoft fait aussi pression sur les entreprises de matériel informatique pour qu’elles ne donnent pas leur spécifications techniques à la communauté Linux. Les liens entre la BSA (Business Software Alliance) et Microsoft ont poussé certains éditeurs de Logiciels à se tourner vers la Software Publisher Association, jugée moins complaisante envers la firme de Redmond.
Microsoft met aussi en oeuvre d’autres moyens pour imposer ses logiciels. Le plus simple étant d’imposer certains logiciels en les intégrant au système d’exploitation comme avec Internet Explorer et Outlook. Sans compter le lobbying auprès des grandes entreprises comme Warner et Disney pour que le site web soit "plus" compatible avec IE qu’avec Netscape. Vivent les standards ouverts...
Il existe aussi des "bidouilles" techniques pour empêcher certains logiciels des concurrents de tourner sous Windows (cas d’école : Netscape plante une fois qu’Internet Explorer est installé). Chaque logiciel peut modifier des bibliothéques système pour bloquer ou ralentir le fonctionnement d’une application. Un système sécurisé ne devrait pas autoriser ce genre d’opération plus que douteuse.
D’autres pratiques commerciales de rachat de PME, licences, débauchages d’équipe de recherche, permettent à Microsoft d’orienter les innovations technologiques pour suivre sa voie. Ce comportement est bien entendu préjudiciable à l’innovation même. Les projets concurrents de Microsoft, même géniaux, sont mis au placard. Le grand perdant de l’affaire est l’utilisateur qui doit se contenter de produits médiocres, pour ne pas dire mauvais.
Les standards "Windows"
Le paragraphe de la page 111 résume la situation : « Mieux vaut un vrai standard -qui doit, pour mériter ce nom, être ouvert, documenté et capable de garantir l’interopérabilité de différentes composantes - qu’un faux standard, fermé et modifié toutes les deux minutes au grè de l’intérêt de son propriétaire exclusif. L’une des meilleures blagues qui court dans la Silicon Valley illustre bien mon propos : combien d’ingénieurs de Microsoft faut-il pour changer une ampoule ? Zéro : il suffit que Bill Gates décrète que l’obscurité est devenue un standard ! »
Offensive sur la matière grise
Les énormes bénéfices de Microsoft lui ont permis, jusqu’en 1991, de ne pas investir dans la recheche et le développement. Elle s’est contentée du rachat de PME et de licences innovantes.
Aujourd’hui, la politique est plus agressive et la société débauche des scientifiques en leur proposant des conditions de travail et des salaires de rêve pour contrebalancer sa mauvaise réputation dans le milieu universitaire.
Les raisons de l’engagement de Microsoft dans les universités et l’Education sont très subsersive. En imposant et en formant les éléves à leurs logiciels cette société espère enlever toute possibilité de comparaison avec d’autres systèmes et surtout tout désir de changement. Quand la mauvaise qualité devient la norme et que nous n’aurons plus les moyens de nous en rendre compte, Microsoft aura gagné la partie sur un terrain bien différent de celui de l’économie...
Toujours pour satisfaire le même objectif, la société tente d’offrir à des écoles des licences de Windows et de MS Office. D’ailleurs ces "cadeaux" de Microsoft ne lui coûtent rien. Offrir des logiciels ne lui coûte que les quelques francs du CD. Par contre donner à des écoles son système d’exploitation lui garantit d’augmenter sa base d’utilisateurs et lui permet, une fois qu’ils sont bien accoutumés, de vendre ses produits, ses nouvelles versions améliorées à ce nouveau marché. Heureusement que le gouvernement français est vigilant.
L’alternative logiciels libres parce que je le vaux bien !
Alors quels choix restent-ils aux utilisateurs pour ne pas perdre leur liberté. Chacun peut utiliser Windows qui est objectivement un mauvais logiciels d’exploitation. Chacun a le droit de le choisir en connaissance de cause ou de se tourner vers une autre alternative.
Aujourd’hui face à la puissance commercial de Microsoft, peut-on encore choisir librement notre système d’exploitation ? Il existe quatre axes de choix :
le matériel : PC, Mac, station Sun...
le système d’exploitation. Sur PC les choix sont nombreux : Windows, Linux, FreeBSD... Même si l’on achète une machine avec un Windows préinstallé, il est possible de choisir un autre système.
les applications
les formats de fichiers, propriétaire ou ouvert
C’est à chacun de choisir s’il veut continuer d’asseoir la puissance d’une société hégémonique guidée par le seule logique des profits et qui voudrait qu’on la trouve humaniste. L’alternative des logiciels libres est valable. Elle mérite d’être étudiée avec un peu d’attention.
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