Paris et Bill Gates : des associations et des entreprises prennent position

8 février 2008   dans   Opinion


"Sans concertation ni information de la population ou des élus parisiens, la Ville de Paris s’apprête à signer un partenariat cadre avec Microsoft (1), tournant le dos à plusieurs années d’efforts d’associations, d’élus et de citoyens pour ouvrir à Paris une alternative à l’éditeur hégémonique." Des associations et des entreprises ont décidé de prendre position dans un communiqué commun.

S’inscrivant dans le décevant et bien lacunaire bilan de la mandature en matière de Technologies de l’Information et de la Communication, singulièrement dans son aspect d’ouverture aux Logiciels Libres, cette décision est une mauvaise nouvelle. Mauvaise nouvelle pour ceux qui tentent depuis sept ans d’initier la migration de la Ville vers des solutions ouvertes et interopérables, dont chacun sait aujourd’hui qu’ils sont une alternative de grande qualité, à très moindres couts et relocalisant l’emploi. Mais également mauvaise nouvelle pour toutes les parisiennes, qui n’ont rien à gagner dans la dépendance ainsi entretenue, ni dans leur vie quotidienne ni dans l’utilisation des finances publiques.

En réalité ce partenariat est triplement néfaste :

1. Il tourne le dos à l’innovation. Alors que des Villes (Munich, Rennes, Vienne, Vandoeuvre...) des administrations centrales françaises (Assemblée nationale, gendarmerie nationale, ministères...) et des pays entiers (Perou, Vénezuela, Italie, Chine, Bresil, Japon, Finlande, Suisse, Portugual...) font le choix du Libre, Paris donne une image enfermée et perméable aux lobbies. Pourtant Paris avait démontré, avec la mise sous licence Libre du logiciel de référence Lutece 2, qu’elle est capable d’utiliser et même de produire des logiciels libres de qualité. Seul le manque de volonté politique est un frein au déploiement d’une administration électronique utilisant les logiciels libres qui ont très largement démontré leur supériorité informatique et sociale dans de nombreux secteurs clés.

2. Il entretient une dépendance artificielle des utilisateurs (citoyens et PME) vis-a-vis des choix non interopérables et inutilement onéreux de l’éditeur hégémonique. Pourtant des retours d’expérience comme l’Espace Public Numérique du XIIIe arrondissement3, 100% Logiciels Libres, montrent que cette dépendance est inutile et contre productive : en trois ans, l’EPN Libre a accueilli 25.000 visiteurs, réalise 31.000 heures de formations par an à plus de 2.500 inscrits, en partenariat avec une dizaine de structures associatives ou institutionnelles locales, le tout sans besoin de partenariat autres que ceux passé avec les communautés du Logiciel Libre. Si l’on veut lutter réellement contre la fracture numérique, pourquoi entretenir l’illusion de la nécessité d’un cout supplémentaire artificiel de centaines d’euros par ordinateurs là où les Logiciels Libres font mieux et moins chers ?

3. Il donne un signal prescripteur désastreux pour d’autres collectivités territoriales et gaspille l’argent public. L’effet d’exemple recherché par Microsoft entretient l’illusion marketing. Alors que de nombreux élus parisiens ont fait de l’utilisation et de la promotion des Logiciels Libres un exemple de mode de production alternatif aux monopoles du capitalisme informationnel, comme dans le XIIIe ou dans le IIe où certains postes ont commencé à migrer 4, la Ville poursuit dans la rente logicielle, dépensant inutilement. Car les quelques dizaines de milliers d’euros offerts ici seront vite repris là, dans les dizaine de millions utilisés pour entretenir le parc de 17.000 PC sous Windows de la Ville par exemple

5. Triste ironie politique, c’est sous la houlette d’un gouvernement plutôt critique à l’égard du Logiciel Libre (Lois DADVSI et LCEN, abandon du RGI, partenariat Microsoft-INRIA, mission Olivennes...) qu’un rapport vient d’être remis préconisant au contraire de "Promouvoir la concurrence entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres dans les appels d’offres, notamment publics" 6... et c’est dans une ville de gauche que Microsoft renforce sa présence.

Pour trouver sa place de ville numérique parmi les grandes capitales européenne, en faisant la démonstration de sa compréhension des enjeux et des atouts des TICs, Paris doit non seulement prendre un temps d’avance mais rattraper sept ans de retard. En aucun cas, l’évolution technique, pratique et politique profonde que cela nécessite ne sera facilitée par l’inféodation aux éditeurs hégémoniques.

Nous demandons au Maire de Paris de revenir sur ce partenariat, et invitons chacun-e à lui faire part de son soutien à la Liberté Logicielle, l’innovation, l’indépendance de Paris, la maitrise de l’argent public.

Premiers signataires :

  • Jérôme Relinger, adjoint (PCF) au Maire du 13e arrondissement chargé des TICs
  • Jean-Christophe Frachet, conseiller d’arrondissement (MRC) du 2e arrondissement
  • RAS - Réseau Associatif et syndical - Paris
  • NetAktiv - Société de Services en Logiciels Libres - Paris
  • Nexedi - éditeur de logiciels libres - Paris
  • Pilto System - Société de Services en Logiciels Libres - Paris
  • Toonux - Intégration de solutions Open Source & référencement - Paris


* 1 Bertrand Delanoë et Bill Gates signeront ce "partenariat très ambitieux" le mardi 29 janvier à 10h30
* 2 http://fr.lutece.paris.fr/fr/jsp/site/Portal.jsp
* 3 http://www.espaces-libres.net
* 4 http://www.journaldunet.com/solutions/0410/041027_3questions_mairie13.shtml
* 5 http://www.01net.com/editorial/285467/paris-prend-son-temps-pour-passer-au-logiciel-libre
* 6 Rapport de la Commission Attali, décision n°58

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