AllofMP3.com continuera de vendre légalement - aux yeux du droit russe - de la musique sans DRM
2 janvier 2007 dans Services
Bien connu des internautes mélomanes avertis désirant télécharger légalement leur musique, le site russe AllofMP3.com, poursuivi depuis plusieurs mois par l’industrie du disque américaine pour vente de musique sans DRM, passe à l’offensive : les poursuites engagées contre lui devant un tribunal de l’Etat New York sont vaines, assure-t-il.
La "Record Industry Assocation of America" n’y va pas de main morte : elle réclame pas moins de 1,65 trillions de dollars au site russe, soit 150 000 USD par titre téléchargé.
Particularité agaçante pour l’industrie justifiant cette ire : AllofMP3.com a choisi de vendre de la musique commerciale, tout comme le font les principaux acteurs du secteur, iTunes en tête, sans DRM (la protection verrouillant la manipulation des fichiers téléchargés légalement et limitant la copie privée). Le service est donc par essence compatible avec l’ensemble des systèmes d’exploitation, Linux compris, et ce même pour des titres généralement introuvables légalement sans DRM.
Une question de droit international
MediaServices, la société russe qui commercialise AllofMP3, juge la décision de l’industrie musicale américaine "imprudente" : "AllofMP3 entend que plusieurs labels américains ont engagé des poursuites contre MediaServices à New York. Or, ces poursuites sont injustifiées car notre société n’opère pas depuis cette ville. Libre à ces acteurs de porter plainte où ils le souhaitent, bien qu’ils sachent qu’AllofMP3.com opère tout à fait légalement, en conformité avec la loi russe." 15% de recettes enregistrées par AllofMP3 sont en effet reversées à la ROM (Russian Organization for Multimedia), organisme par ailleurs non reconnu par la RIAA, ce qui rend le dossier d’autant plus complexe.
Une arme de destruction massive du site AllofMP3 a bien été brandie par les Etats-Unis en octobre dernier : elle consistait en la menace de ne pas accorder à la Russie une entrée à l’OMC si des activités "contraires au respect du droit de propriété intellectuel" se poursuivaient.
Pour les partisans d’un blocage de l’accès au site AllofMP3.com, le salut semblait pouvoir être trouvé en collaboration avec les fournisseurs d’accès. Début décembre, un ISP suédois décidait de bloquer l’accès aux serveurs à ses clients suédois et danois. Décision cassée par l’association Perspektiv Bredband ISP estimant qu’il s’agissait là d’un point de vue indéfendable moralement et légalement.
Le site publie pour l’occasion une liste de questions/réponses destinées à rassurer le public : le droit international les protège.
Le modèle iTunes non rentable ?
AllofMP3 n’est pas le seul site de vente légale de musique en ligne à avoir choisi la méthode "pas de DRM" : en France, des acteurs comme Starzik, Indémusicshop, Jamendo ainsi que l’association Musique Libre développent déjà cette stratégie. Aux Etats-Unis, MP3Tunes - service lancé par Michael Robertson, père de LinSpire - propose un catalogue indie sans DRM à 0,88 dollars US.
A en croire une étude publiée par Forrester Research,, l’iTunes Music Store, malgré une part de marché gigantesque, connaîtrait un sérieux déclin de ses ventes en ligne : les revenus auraient en effet reculé de 65 % depuis janvier 2006. L’analyste Remy Fiorentino va plus loin : la moitié des transactions étaient inférieures à 3 dollars US, ce sont les frais de transaction qui rendent le modèle non rentable. Depuis l’introduction de l’iTunes Music Store, Apple ne serait parvenu à vendre que 20 titres par iPod.
On sait que la politique d’une distribution plus souple de la musique en ligne est soutenue par quelques grands noms de l’industrie, à commencer par Bill Gates lui-même ou des portails comme Yahoo !, qui a déjà proposé à plusieurs reprises en collaboration avec EMI la vente exceptionnelle de titres sans DRM - à un prix plus/trop élevé -.
AllofMP3.com réaffirme donc aujourd’hui sa ferme intention de développer ses services sans se soucier de l’ire - visiblement juridiquement indéfendable du point de vue du droit international... - des maisons de disques américaines et européennes. Promotion pour l’occasion : 20 % de crédit en plus sont accordés pour l’instant à tous ses utilisateurs.
N’en déplaise : c’est cela aussi, la mondialisation des échanges...
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