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Le journal du Libre

C’est quoi un éditeur de logiciels open source ?

mardi 20 juillet 2010

Prenons le cas de SugarCRM. Il propose une version « community » disponible sous licence AGPL. Jusque-là pas de problème. Les versions commerciales de son produit sont sous une licence permettant l’accès et la modification du code source. Mais la redistribution de la version modifiée est interdite. Cette licence commerciale n’est donc pas open source car en contradiction avec le point 1 de celle-ci : libre redistribution. Peut-on encore dire dans ces conditions que SugarCRM est un éditeur open source ?

Je sais que les inconditionnels du logiciel libre diront que l’open source ne pouvait que mener à ce genre de dérive. Je répondrais qu’il appartient aussi aux tenants de l’open source de dire : ça suffit, la limite est franchie.

Les avantages de l’open source commencent à être connus des responsables informatiques et parfois même des dirigeants. Etre estampillé open source, c’est bénéficier immédiatement d’un surcroît de séduction. Perdre ce label, c’est perdre un argument marketing.

Alors, c’est quoi un éditeur de logiciel open source ?

Michael Widenius créateur du logiciel de gestion de bases de données Mysql tente d’y apporter une réponse. Son point de vue est intéressant, car MySQL fait parti des logiciels open source qui sont vendus sous deux licences : une open source et une commerciale. L’offre commerciale incluant des outils dont le code source est fermé à la façon de SugarCRM.

Il évoque ce point en reconnaissant avoir à l’époque commis une erreur lors de la création de MySQL AB. Son objectif était clairement de faire en sorte que MySQL AB reste toujours un éditeur open source. Or le pacte d’actionnaire stipulé seulement que « Mysq software » devait rester sous une licence open source. Ceci permit en 2006 à l’équipe dirigeante de commercialiser Merlin, le moniteur de MySQL comme un logiciel au code source fermé. L’argument était que ce dernier n’était pas basé sur le code du serveur MySQL.

Sa définition d’un éditeur open source est la suivante :

  1. La société doit produire des logiciels,
  2. Tous les logiciels que produit cette société et qu’elle met à la disposition de ces utilisateurs doivent être disponibles sous une licence open source. Ceci inclut également le code côté serveur qui peut être nécessaire pour exécuter le logiciel.

En complément, Michael Widenius pense qu’il serait souhaitable que la société puisse annoncer publiquement que tout le code qu’elle produit et produira dans le futur restera disponible sous licence open source.

Des sociétés comme SugarCRM serait bien avisées de clairement dissocier ce qu’elle commercialise sous des licences fermées du reste, car sinon c’est une façon d’abuser les utilisateurs qui pourraient bien avoir la mauvaise surprise de se trouver verrouiller par un logiciel dont ils pensaient qu’il était open source. Un point que les entreprises doivent analyser précisément et savoir ce qu’elles acceptent de perdre en toute connaissance de cause.

Si l’open source est la version business des logiciels libres, elle ne doit pas perdre de vue non plus qu’elle aussi elle répond à une définition précise et qu’il convient de la respecter.

- Philippe SCOFFONI