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Le journal du Libre

Changement de stratégie de Microsoft : l’AFUL appelle à la prudence

mardi 26 février 2008

Communiqué :

Confronté à la demande d’ouverture et de concurrence de nombreux grands comptes, et de la Commission Europénne, la société Microsoft a annoncé[1] qu’elle allait ouvrir une bonne partie des spécifications de ses produits, protocoles et formats de fichiers. Si l’AFUL avait pressenti dans un précédent communiqué[2] la nécessité d’une adaptation du modèle économique de Microsoft, il serait naïf de croire à un réel changement.

L’AFUL ne peut que se satisfaire de voir reconnue l’importance des principes d’ouverture et d’interopérabilité que nous défendons depuis dix ans, et dont la société Microsoft fut le principal opposant. Avec ce virage, Microsoft va certainement dans le bon sens et veut se donner une image d’ouverture, mais encore faut-il en déterminer la portée concrète. Cette démarche est à l’évidence économiquement et politiquement nécessaire, car les anciennes pratiques ne seront bientôt plus acceptées. La prise de conscience impulsée par les associations et par les grands acteurs économiques du logiciel libre se développe de plus en plus, non seulement chez les particuliers mais également et surtout dans les entreprises, administrations et collectivités, et marginalise le modèle économique traditionnel de Microsoft, reconnu maintenant comme un avatar inadapté de la vieille économie. Microsoft semble avoir enfin compris, au moins pour sa communication, que la dynamique de la nouvelle économie ne peut exister sans ouverture, et que ses clients n’entendent plus être enfermés et ficelés.

Toutefois, si la démarche semble aller dans le bon sens, si elle se réalise, il reste la question des brevets logiciels. Microsoft parle notamment d’un volume élevé de documents mis à disposition, dont on ne sait s’ils pourront être réellement exploitables, et de licences accessibles avec de faibles royalties et avec des termes non discriminatoires… Certes, Microsoft nous promet que ces licences seront plus facilement accessibles (juridiquement et financièrement), mais Microsoft sait fort bien que le principe même des royalties change fondamentalement les caractéristiques économiques du logiciel en introduisant un coût unitaire inapplicable avec les nouveaux modèles économiques liés aux logiciels libres. Toujours la vieille économie, car ces nouveaux modèles, plus efficaces, sont les seuls que craint Microsoft.

Brevets logiciels reconnus comme bloquants par Microsoft

Microsoft noie le poisson en prétendant que les brevets ne seront pas opposables au développeurs de logiciels libres, mais uniquement aux usages commerciaux, sans que personne ne puisse savoir ce que cela signifie en pratique. Le développement coopératif actuel du logiciel libre est largement le fait de sociétés commerciales, par exemple dans le cadre de prestations de service, ce qui est d’ailleurs un signe fort de la maturation et du succès de ce modèle. Et les usages par les administrations seront-ils considérés comme non-commerciaux ? Tout cela est bien trop vague pour avoir la moindre réalité, ou pour permettre une quelconque appréciation, sans parler du fait que rien ne saurait garantir la pérennité de ces promesses, à la différence de licences libres comme par exemple la GNU General Public License. Mais, aspect positif de ce pseudo-engagement, Microsoft reconnaît officiellement pour la première fois que les brevets logiciels bloquent le développement des logiciels libres.

Interopérabilité… oui, la leur

À noter aussi la définition très réductrice de l’interopérabilité[3] qui est l’un des principaux combat de l’AFUL, notamment via notre groupe de travail Intérop ainsi que le site Format-Ouverts.org[4]. L’intéropérabilité n’est pas uniquement connaître les spécifications des formats actuels de Microsoft, mais passe obligatoirement par des formats ouverts[5], pérennes et exempts de tout brevet, définis par des organismes tiers comme les organismes internationaux de normalisation. Sur ce point l’AFUL sera très active, notamment en faisant entendre sa voix à l’AFNOR, dont nous sommes membre, à propos de la normalisation du format OpenXML, inacceptable en l’état[6] et en veillant, avec la FFII[7], à faire tout ce qui sera nécessaire afin d’empêcher que les brevets logiciels deviennent une réalité juridique en Europe.

Nous sommes donc toujours assez loin de l’Open Source, malgré le ton très enjôleur du communiqué de Microsoft et de la conférence de presse, cependant, nous ne pouvons donc qu’encourager Microsoft dans cette voie que nous espérons n’être que le premier pas, et souhaitons de tous nos vœux qu’elle tende vers des objectifs vertueux de saine concurrence et de respect des règles anti-monopoles, notamment après les enquêtes et rappels successifs de la Commission Européenne.

Références

  1. Communiqué de presse Microsoft : Microsoft Makes Strategic Changes in Technology and Business Practices to Expand Interoperability

  2. Communiqué de presse AFUL : Microsoft DreamSpark, opération de la dernière chance ? : Microsoft vient d’annoncer qu’il offrait désormais un accès gratuit à un ensemble limité de ses logiciels pour les étudiants dans les domaines techniques et scientifiques.

  3. Voir les différents degrés d’opérabilité présenté par le groupe de travail Intérop de l’AFUL.

  4. L’interopérabilité ne peut réellement exister qu’au travers de standards ouverts tels que décrit dans la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique : On entend par standard ouvert tout protocole de communication, d’interconnexion ou d’échange et tout format de données interopérable et dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d’accès ni de mise en œuvre.

  5. Le site web Formats-Ouvert.org traite des formats, protocoles et standards ouverts, dans différents domaines et est maintenu par Thierry Stœhr, président de l’AFUL

  6. Voir l’action No OOXML

  7. FFII France