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Le journal du Libre

Cloud : une question de survie

mardi 10 février 2015

Bien que la maîtrise des budgets, informatiques ou autres, soit légitimement une priorité des entreprises, dans un contexte de crise économique durable et de concurrence exacerbée, il me semble qu’adopter le Cloud pour se cantonner à un objectif de réduction des coûts traduit une vision très limitée des apports de cette technologie.

La question de l’adoption du Cloud ne se pose plus aujourd’hui. Selon une enquête d’IDC, 69% des entreprises dans le monde ont déjà investi dans la technologie, les autres prévoyant de le faire dans les deux prochaines années (2) . Elles pensent en outre que leur utilisation du Cloud est vouée à augmenter de 38% en moyenne dans les 18 prochains mois et prévoient que plus de la moitié de leur système d’information résidera dans le Cloud d’ici la fin 2015. En France, selon l’étude PAC CloudIndex (3) , 3 entreprises sur 10 ont déjà adopté le Cloud et une sur deux utilise déjà des services SaaS. Pour ceux qui douteraient encore, ajoutons que les investisseurs et capitaux-risqueurs se ruent sur les entreprises évoluant dans ce domaine (4) , tout comme les géants du numérique depuis Google jusqu’à SAP, Oracle, Salesforce, etc.

La question du " pourquoi " en revanche est encore floue. Certes, la réduction des coûts, l’allocation dynamique des ressources, la flexibilité… Mais à mon sens, le principal enjeu se situe plutôt dans la transformation digitale des entreprises. Le Cloud représente une opportunité formidable de transformer la façon dont elles opèrent, tant vis-à-vis de l’externe, c’est-à-dire de leurs clients et partenaires, que vis à vis de l’interne, c’est-à-dire de leur organisation et des moyens offerts à tous les collaborateurs pour améliorer leur agilité et leur efficacité.

Deux types d’approche existent aujourd’hui. D’un côté, les entreprises ayant choisi d’adopter une démarche proactive et de placer le numérique au cœur de leur stratégie de croissance, et les autres qui repoussent au lendemain ce qu’elles pourraient (devraient ?) faire aujourd’hui et qui seront contraintes de le faire plus tard à marche forcée. Les premières ont initié depuis longtemps une réflexion stratégique non seulement sur les bénéfices qu’elles pourraient obtenir, mais surtout sur les conséquences de cette transformation numérique sur leur organisation en général et sur leur département informatique en particulier. Les aspects les plus difficiles à traiter résident notamment sur les problématiques d’emploi et de disponibilité de compétences dédiées au Cloud.

La transformation numérique des entreprises suscitent parfois des redéploiements, voire des suppressions d’emplois, comme l’actualité récente (5) nous l’a malheureusement rappelé. Mais le mouvement vers le numérique, comme on l’a vu en introduction, est inexorable. Face à la concurrence de nouveaux entrants, issus de l’univers du numérique - Google, Amazon, ou d’autres acteurs de niche moins connus, mais qui commencent à proliférer dans tous les secteurs - les entreprises traditionnelles doivent réagir immédiatement, au risque tout simplement de disparaître.

La plupart des VPCistes n’ont pas su faire face à la montée des ventes en lignes, sous-estimant la croissance des achats sur internet au milieu des années 2000. Les sociétés de Taxis pensaient être l’abri de par la réglementation imposée aux sociétés de transport et de leur corporatisme, mais les nouveaux entrants comme Uber ne sont ni l’un, ni l’autre, mais juste des plateformes de mise en relation de clients avec un chauffeur indépendant.

Aucun secteur d’activité n’est à l’abri.

La solution passe par un dialogue constant avec toutes les strates de l’organisation, depuis les syndicats jusqu’aux directions métiers. Depuis trop longtemps les différents métiers de l’entreprise fonctionnent en silos. Dans ce nouveau contexte d’agilité, ceci n’est tout bonnement plus possible. Parallèlement, les entreprises doivent replacer l’humain au cœur de leurs activités et ont besoin pour cela des outils de mesure de la performance dont elles ne disposent pas encore.

Enfin, il faut bien parler de la question du coût du Cloud, qui si elle n’est pas déterminante, reste bien sûr essentielle. A l’heure où le coût de la puissance informatique devient quasiment quantité négligeable, les éditeurs d’applications Cloud doivent établir, en concertation avec les clients, une nouvelle structure de coût reposant sur d’autres éléments, comme par exemple la valeur du service rendu. Les premiers investissements dans le Cloud ont été conséquents, d’où des tarifs importants. Mais avec l’amortissement en marche, les tarifs baisseront, si ce n’est dans les mois qui viennent, ce sera dans les prochaines années. D’où l’importance de fixer avec les utilisateurs un nouveau système de valeur qui serait bien adapté aux problématiques des entreprises.

On le voit, les problématiques de transformation numérique sont loin de concerner uniquement le département informatique. L’ensemble des Directions métiers doivent s’approprier d’urgence le sujet, briser les silos et réfléchir à la transformation de leur capital humain. En un mot, elles doivent se réinventer. C’est une question de survie.

- Laurent Lefouet, Directeur général EMEA, Anaplan

Références

[1] business.lesechos.fr/directions-numeriques/0203760789454-cloud-computing-les-entreprises-payent-un-nuage-trop-gros-103158.php ?r7u81pVSIcVLoJTi.99
[2] computerworld.com/article/2842673/cloud-adoption-continues-apace.html
[3] lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/cloud-computing-la-valeur-sans-linvestissement-25167/
[4] computerworld.com/article/2491343/cloud-computing/vc-investors-hot-for-the-cloud-mobile-and-robots.html
[5] lemondeinformatique.fr/actualites/lire-la-transformation-numerique-d-ing-va-supprimer-1700-emplois-it-59408.html