TOOLinux

Le journal du Libre

Educatec 2000

mardi 25 mai 2004

Dates du salon : du 22 au 26 Novembre 2000
Lieu : Paris Expo - Porte de Versailles Paris

Linux, un invité discret mais incontournable au salon Educatec

Dans le cadre d’Educatec, le salon professionnel des équipements, systèmes et services pour l’éducation et la formation professionnelle, Linbox est la seule société du monde Linux à présenter un stand avec son partenaire Logidée.

Les éditeurs de solutions Linux et OpenSource ont boudé à tort le salon pourtant réservé aux professionnels. Le poids de Linux dans l’éducation ne doit pas être minimisé. Des solutions concrètes sont déjà mises en place dans des collèges de différentes académies. Aujourd’hui il est absurde de parler d’informatique dans les écoles sans les logiciels libres. Microsoft ne s’y est pas trompée et possède un stand sur le salon.

Par ailleurs, Linbox organise une série de trois conférences qui abordent la problèmatique de Linux et des logiciels libres dans l’éducation.

En dépit de sa faible représentation, le monde de l’OpenSource est loin d’être une préoccupation mineure pour les acteurs institutionnels et l’intérêt suscité par les trois conférence l’atteste.

Une première conférence riche d’enseignements sur l’importance de l’OpenSource dans l’Education.

La table ronde « Linux et les logiciels libres : état des lieux, et enjeux dans l’éducation nationale » a rassemblé autour de l’animateur Jean-Pierre Archambault (CNDP, Mission Veille technologique et industrielle) quatre participants :

- Alain Gaxatte, Directeur du Centre Départemental de Documentatin Pédagogique de Seine-et-Marne
- Thierry Stoehr, Maître formateur en informatique Seine-et-Marne et actuellemnt employé chez Linbox
- Bernard Lang, Directeur de recherche à l’INRIA
- Stéfane Fermigier, Président de l’Association Francophone des Utilisateur de Logiciels libres.

Une cinquantaine d’intéressés ont suivi et participé au débat. Depuis la signature d’un accord cadre en octobre 1998 entre l’AFUL (Association francaise des logiciels libres) et le ministère de l’Education Nationale, on aurait pu craindre que l’intérêt pour les logiciels libre reste théorique.

Deux ans plus tard le bilan est incontestablement positif : des déploiments de solutions concrètes attestent de la présence indubitable de Linux sur le terrain.

La Seine et Marne : 117 collèges adoptent le pingouin

Un projet ambitieux

Alain Gaxatte a apporté un témoignage surprenant sur l’importance de la présence effective de Linux et des logiciels libres dans les collèges de son département. Même si comme il le déclare « nous n’avons aucun recul sur cette expérience », elle apparaît largement positive.

Tout commence en 1999 quand la question des festivités du passage à l’an 2000 et au nouveau siècle occupe le devant de la scène. Le président du conseil général de Seine et Marne, monsieur Larché, décide l’opération « 2000 micros pour l’an 2000 ».

Il s’agit d’équiper les 117 collèges du département d’un réseau informatique performant et connecté à l’Internet. Un délai de 3 ans est alors défini durant lequel tout doit fonctionner sans problème technique majeur. Le CDDP, un établissement public à vocation administrative, aux subventions départementales, s’est chargé de relever le défi. 14 collèges pilotes sont définis.

Linux débarque dans les écoles

Presque immédiatement Linux s’impose comme la solution, tant pour les serveurs que pour les postes clients. La volonté du CDDP était bien entendu d’éviter tout système propriétaire pour ne pas être bloqué par les licences. De plus Linux et l’OpenSource permettent des réductions de coût notables pour les serveurs.

Rapidement le problème des compétences se pose. Un partenariat avec une société de service spécialisée dans les logiciels libres est nécessaire pour mener à bien cet ambitieux projet. L’idée de base est de décharger totalement les enseignants de l’aspect technique : ils ont à leur charge les postes clients et surtout les activités pédagogiques. L’informatique n’est qu’un outil pour faciliter le travail des enseignants.

La société Atrid décroche le contrat. Afin de contourner les difficultés et les craintes juridiques habituelles lorsqu’un service public fait appel à une société privée, le CDDP a parié sur un transfert de compétences efficace ; les objectifs ont été déja dépassés.
En effet le transfert de compétences s’est avéré plus rapide que toutes les prévisions. Aujourd’hui ce sont les équipes du CDDP et non plus celles d’Atrid, qui s’occupent de la télé-maintenance des réseaux...

Les machines choisies pour équiper les collèges sont de bonne qualité, avec double amorcage (Windows et Linux). Le routeur est compatible ADSL et Numéris.

Les difficultés de la mise en oeuvre

Des difficultés imprévues ont cependant surgi qu’il ne faut pas passer sous silence, notament des retards dans le cablage dû au prestataire, des réticences de certains professeurs et surtout une diversité des réactions que le CDDP n’avait pas anticipé. Sur les 14 collèges pilotes trois ensembles se dégagent :

- pour la majorité des collèges les enseignants ne s’occupent que de l’aspect pédagogique sans se poser des questions sur l’administration
- dans quelques colléges les professeurs sont un peu frustrés de ne pas participer plus à l’administration
- le dernier cas, unique (le collège des Capucins à Melun), refuse tout logiciel propriétaire, il a Linux comme seul système d’exploitation installé.

Certaines des attentes en matière de logiciels ne sont pas satisfaites. Les applications éducatives sont encore trop peu développées. Des problèmes de stabilité de certains programmes compliquent aussi la tâche des enseignants.
Les versions sont souvent encore en développement et manquent de performances (exemple : WebMin).

Toute les difficultés rencontrées dans les collèges pilotes sont répertoriées dans une base de données pour faciliter le reste du déploiement sur la centaine de collèges restants.

Un bilan très positif

Malgré le manque de recul, le bilan est sans conteste positif. Les 14 collèges pilotes ont permis d’affiner le projet et d’effectuer quelques changements pour éviter les difficultés techniques.

Le déploiement des reseaux informatiques dans la centaine de collèges restants devrait être achevé en 2001, avec comme réserve les retard possibles dans le cablage. Les éléves ont réagis avec beaucoup d’entousiasme au projet, les enseignants eux manifestent plus d’inquiètude. Mais, comme le prouve les collège déjà équipés, il s’agit plus d’une angoisse face à l’inconnu que de réelle rétissance.

Aujourdhui les équipe du CDDP sont totalement indépendantes face à Atrid, c’est d’ailleurs à elles qu’imcombe la tache d’équiper le reste des collège de Seine et Marne.

L’AFUL, le soutien des logiciels libres auprès de l’Education

Stéfane Fermigier a replacé la naissance de l’AFUL dans son contexte : la première grande période de débats sur les produits Microsoft qui essayait de vendre à l’Education Nationale son « programme compétence 2000 » de formation.

Des réactions assez vives ont conduit le ministère de l’Education à prendre du recul et à signer avec l’AFUL un accord cadre. Il spécifie l’utilisataion du système Linux sur les serveurs, plébicité pour sa robustesse et sa stabilité. Linux est aussi favorisé sur les postes clients avec un double démarrage.

Sa grande résistance aux virus et sa facilité
d’administration par télé-maintenance sont des atouts majeurs. Windows et Mac OS sont néamoins nécessaires pour tous les logiciels qui n’ont pas d’équivalent sous Linux. Aujourd’hui la situation est moins satisfaisante pour les postes clients mais une évolution positive est attendue avec les énormes progrès faits dans les environnements de travail avec GNOME et KDE.

L’accord cadre favorise aussi largement les standards ouverts. Un standard dit ouvert est un protocole ou un format de fichiers parfaitement documenté et libre (exemple le HTML avec le w3c). Par contre un format propriétaire dépend d’un éditeur de logiciels, plus cet éditeur gagne de part de marché, plus il a intérêt à fermer son format.

Linux et les logiciels pédagogiques

Thierry Stoehr explique que le point faible du système Linux est son manque de logiciels pédagogiques. Cet ancien instituteur, maître formateur en informatique en disponibilité, connaît bien le milieu de l’Education. Il insiste sur les nombreux éffort fait dans les académies pour promouvoir Linux est les logiciels libre (Grenoble, Lilles, Nancy-Metz...).

Ces académies tiennent compte de Linux dans leur Plan de Formation Académique destiné aux enseignant. Même si cette tendance n’est pas générale, il est capitale de la signaler.

Un panorama rapide des logiciels pédagogiques permet de dégager deux catégories de programmes : ceux directement à vocation pédagogique (les didactitiels) et ceux dont l’utilisation est aussi pédagogique meme si ce n’est pas sa vocation première. La première catégorie est peu fournie (Docteur Genius pour les mathématiques et Escritor pour la création de contenu) alors que la seconde catégorie se développe rapidement avec de bonnes suites bureautiques et beaucoup d’applications scientifiques. Beaucoup de travaux sont encore à mener, avis aux développeurs !

Le danger de la brevetabilité des logiciels dans la recherche

Bernard Lang, le dernier intervenant, directeur de recherche à l’INRIA (Intitut National de Recherche en Informatique et Automatique) a abordé un sujet un peu plus éloigné que celui de l’Education mais dont la portée dépasse largement le cadre de la recherche : il s’agit du grand débat qui a lieu à la Commission Européenne sur la brevetabilité des logiciels.

Bernard Lang expose la difficulté actuelle de la recherche dûe à la multiplication des brevets. On assiste à un glissement progressif de l’économie des richesses matérielles vers des richesses immatérielles : les connaissances. L’emprise de la propriété intellectuelle (droits d’auteur) et industrielle (brevet) complique et limite les échanges de savoirs.
Le paradoxe est là : Internet est un outil de diffusion de connaissances formidable et à moindre coût, mais la multiplication des brevets entraîne des risques de piratages involontaires incessants.

Le risque est le passage d’un brevet logiciel à un brevet d’une méthode intellectuelle, pédagogique par exemple. Le coût des brevets pour l’enseignement public va à terme limiter les méthodes de travail : l’apprentissage des langues grâce à un logiciel est déjà breveté...

Les logiciels libres ont le précieux avantage de maintenir l’indépendance des activités intellectuelles d’une main mise commerciale.

Aujourd’hui il est nécessaire de créer des réseaux pédagogiques communs pour que les enseignants ne soient pas accusés de piratage.

Des groupes de travail se montent actuellement au Ministère pour structurer ces activités et mettre en place des mécanismes de validation des connaissances mises en libre accès. Par ailleurs ces savoirs sont aussi protégés de toute appropriation commerciale abusive.