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Le journal du Libre

FreeboxOS : Free a-t-il résolu l’équation de l’auto-hébergement Grand Public ?

lundi 1er juillet 2013

Je n’apprécie pas trop les manœuvres de Free autour des questions de la publicité en ligne ou encore de la rémunération du transport des données sur son réseau. Je dois néanmoins avouer que les dernières nouveautés de la Freebox vont dans le bon sens. Free profite du positionnement idéal de sa box pour offrir de nouveaux services qui n’ont cependant rien de révolutionnaire.

Cela fait maintenant des années que je vois dans le domaine du logiciel libre des projets dont l’objectif est de rendre possible l’auto-hébergement de ses données. Il s’agit ici de permettre à l’internaute de facilement partager les photos ou le film du petit Kevin sans pour autant avoir à les “donner” à un Google. Il faut bien dire qu’à ce jour aucun projet n’a abouti à quelque chose de réellement concret que l’on puisse mettre entre les mains de presque n’importe qui.

Il faut dire que les obstacles sont nombreux à surmonter et notamment la barrière que représentent les “box” des fournisseurs d’accès. Il faut être capable souvent de mettre les doigts dans la configuration pour mettre en place quelques mystérieuses “translations d’adresses” par exemple.

Certes l’arrivée de protocoles comme <a
title="Universal Plug and Play" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universal_Plug_and_Play">UPnP devait résoudre ce problème. Pourtant mis à part quelques solutions commerciales de <a
title="Plug Computer" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Plug_computer">Plug Computer la mise en œuvre de l’auto-hébergement reste de fait assez confidentielle. Le problème est ailleurs.

Mais voilà, Free nous annonce le “FreeboxOS“. Une évolution du logiciel qui fait tourner les box de l’opérateur. L’interface a été revisitée et fournie au travers d’un navigateur Web une représentation de type “bureau” dans laquelle je vais pouvoir manipuler les fichiers stockés sur le disque dur de la Freebox. Il est donc possible, comme on le fait avec des services en ligne, de charger des fichiers et de les partager au travers d’un lien “public” depuis son navigateur.

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style="text-align: center;"><a
href="http://philippe.scoffoni.net/wp-content/uploads/2013/06/freeboxOS.jpg"><img
class="aligncenter wp-image-5137" style="float: center;" title="freeboxOS" alt="freeboxOS" src="http://philippe.scoffoni.net/wp-content/uploads/2013/06/freeboxOS.jpg" width="518" height="324" />

On voit ici reproduites les mêmes fonctionnalités que sur les services en ligne. Nul doute que les utilisateurs s’approprieront ces fonctionnalités sans difficulté. Le partage des photos et des films de Kevin est désormais devenu possible sans les longues minutes voire heures d’envois de données vers un serveur dans les nuages. Un vrai plus en terme de confort.

Effectivement, les opérateurs sont les mieux placés avec leur box pour résoudre l’équation encore complexe de l’auto-hébergement. Je suis même étonné qu’il ait fallu attendre si longtemps. Est-ce que tout est rose pour autant ? En procédant ainsi, Free va probablement rendre aussi ses clients un peu plus captifs et dépendants de leur box qui ne sert plus uniquement à “transporter” des données.

Parmi les défauts on pourra citer l’absence de système de sécurité au niveau de l’unique disque. Verra-ton une version de Freebox intégrer un système de disque redondant ? La capacité de stockage est elle aussi de base un peu limitée. Mais rien n’empêche d’ajouter un disque externe pour augmenter la capacité voir d’utiliser des boîtiers offrant du stockage redondant.

Certes la Freebox reste la propriété de Free, on pourrait jouer les paranoïaques et se demander quel niveau de confidentialité on est en droit d’attendre à l’égard de ses fichiers. Mais c’est déjà un tel progrès par rapport à l’utilisation d’un service en ligne américain que l’on peut provisoirement fermer les yeux sur cet aspect.

Nul doute que les prochaines versions des box opérateurs incluront ce genre de fonctionnalités. Si oui, la question de l’auto-hébergement sera pour ainsi dire réglée. Mais faudra-t-il désormais être fournisseur d’accès pour proposer un tel niveau d’intégration ? Cela risque aussi de fermer la porte à pas mal de solutions.

Se posera alors à nouveau la question de l’accès à la donnée. Faudra-t-il obliger les opérateurs à rendre possible la mise en place de box “alternatives” ? Faudra-t-il découpler le transport et le boîtier qui permet l’accès ? On pourrait croire que Free cherche à déplacer la “valeur” de l’accès à internet des tuyaux vers les services au travers des box et non plus de portails internet.

Il pourrait devenir possible de monnayer cet accès à des fabricants de box si les utilisateurs devenaient friands d’auto-hébergement. On pourrait à l’instar de ce qui se fait dans la téléphonie mobile lors de l’ouverture d’une ligne devoir choisir son modèle de box. Un nouveau marché à venir sur lequel Free pourrait prendre une large commission.

- Philippe SCOFFONI