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Le journal du Libre

Google I/O 2015 : la domination tranquille

vendredi 29 mai 2015

Le constat est sans appel. Android représenterait 80% des terminaux vendus cette année. Combien utilisateurs ? Leur nombre a atteint 1 milliard. La bataille, moquée à ses débuts, est très largement remportée.

La prochaine édition du système a reçu un nom de code, M. Aucune date n’a été avancée pour la sortie officielle du système d’exploitation. Il faut dire que Lollipop, annoncé l’an dernier à la même époque, est officiellement sorti en novembre 2014, mais n’équipe qu’une portion réduite (moins de 10% !) de l’immense parc de matériel en circulation. Contre cela, aucune solution : la trop grande diversité des configurations rend l’opération impossible pour Google, qui se contente de miser sur l’évolution plus rapide de ses « Google Play Services ».

La conférence a débuté sur une vidéo où l’on a aperçu le terme « Milky Way ». Ce pourrait être le nom de baptême officiel d’Android M. Une version de démonstration est déjà disponible pour certains modèles Nexus.

Pas de révolution visuelle, Google a pris le temps de peaufiner son système d’exploitation cette année autour de la sécurité, de l’alimentation, de l’autonomie et de Google Now.

On retiendra en vrac :

- Doze va adapter la consommation d’énergie de votre appareil en fonction de l’utilisation et des plages horaires. Le Nexus 9 sous Android M verrait ainsi son autonomie... doublée ;
- Après Apple et Microsoft, Android adopte l’USB Type C, il sera proposé sur de nouveaux terminaux dès cette année ;
- Les permissions des applications seront plus claires et plus transparentes, enfin !
- Google Now poursuit son avancée et continue de gérer vos données personnelles pour mieux vous accompagner tout au long de la journée. De plus en plus d’applications peuvent en tirer profit. De plus, Google Now peut être consulté depuis des applications Android, dans une démarche contextuelle proactive, par exemple pour connaître les dates de concert d’un artiste que vous écoutez via Spotify.

Android M est disponible en version de démonstration pour les Nexus 5, 6, 9 et Player.

Du côté d’Android Wear, de nouvelles montres arriveront sur le marché d’ici la fin de l’année et l’OS évolue en permanence. Une mise à jour semble être envoyée chaque mois vers les différents modèles. Plus autonome (notamment via le Wi-Fi), le système permet désormais d’appliquer des gestes plus naturels et de conserver des applications à l’avant-plan sans se perdre dans des menus ou un réveil permanent de sa montre en cas d’inutilisation (listes de courses, navigation via Google Maps).

Dans le registre des nouveautés attendues, Google Photos se sépare de l’univers Google+. Le stockage de vos clichés est désormais illimité. Une application pour iOS et Android se charge de tout. Sur votre ordinateur, pas d’application, mais le site photos.google.com. Combien ? C’est gratuit. A ce prix, vous autorisez l’intelligence artificielle à exercer son pouvoir d’organisation dans vos photos : visages, lieux, contexte. Toutefois, vous avez la possibilité de lire les conditions générales d’utilisation avant de vous décider à livrer votre vie privée et des années de photos au moteur de recherche. Vous l’avez déjà fait avec Gmail ? C’est à peu près pareil. Et aux mêmes conditions.

Le paiement mobile, enfin ? Oui, enfin pas tout de suite. Il l’avait annoncé en mars dernier au Mobile World Congress. Sundar Pichai a confirmé ce 28 juin qu’Android Pay serait lancé dans la courant de l’année. On ne sait pas quand, mais bien comment. Pour les appareils disposant d’Android KitKat et Lollipop, il suffira de télécharger une application (qui sera une mise à jour de Google Wallet, déjà disponible sur iPhone et Android). Pour la future version M, qui sortira elle aussi d’ici 2016, plus besoin d’application. En s’approchant d’un terminal de paiement NFC, la transaction pourra s’effectuer.

Techniquement, les informations de votre de crédit sont conservées sur l’appareil. Android Pay permet de payer à la fois en ligne (des applications, de la musique, via des sites de shopping partenaires) et dans les boutiques physiques équipées d’un terminal de paiement sans contact grâce au NFC. Android M offre enfin une solution commune pour la reconnaissance biométrique (empreintes digitales). Samsung et d’autres constructeurs peuvent cesser de développer des solutions de rechange.

C’est indéniable ! Google a copié/collé ce qui a fait la recette du succès d’Apple Pay aux Etats-Unis. Outre les banques, les émetteurs de cartes sont tous là : American Express, Discover, Visa et Mastercard. De très nombreuses enseignes sont également partenaires, allant de McDonald’s à Subway en passant par Whole Foods et Walgreens. Des noms bien américains, nous direz-vous. En effet ! Android Pay ne concernera dans un premier temps que les États-Unis.

La technologie Cardboard, présentée l’an dernier, permet de transformer n’importe quel smartphone (y compris les « géants » - en taille - lancés cette année) en terminal de réalité virtuelle.

Google compterait aujourd’hui plus de 500 applications. Un million de ces « appareils » seraient en circulation déjà. L’entreprise voit Cardboard dans les écoles, où des classes peuvent voyager grâce à des appareils mobiles reliés à une tablette Android. Un SDK a été livré, qui affiche sa compatibilité avec iOS également.

Les grands absents ? On pensait découvrir une nouvelle version du Chromecast, plus avancée. Ce sera pour plus tard. Le sort de Google+ n’est pas encore très clair, mais sera réglé pour la fin de l’année, confirmation de Sundar Pichai. Pas d’Android Wear pour iOS, en tout cas à ce stade.

Enfin, plus généralement, certains termes ont été passés sous silence qui en disent long sur la stratégie de domination du monde mobile qui anime Google dans son obsession de vouloir « organiser l’information » de la planète pour la « rendre accessible à tous ».

Les mots Android, Web et iOS ont été prononcés à plusieurs reprises, mais pas une seule fois Mac ou PC. Voilà qui tranche avec les impressions que nous avait laissée la conférence Build de Microsoft le 30 avril dernier, où le terme interopérabilité avait été appliqué à tous les recoins de Windows 10 et des services cloud.

Les applications de Mountain View, exception faite de Chrome, ne s’embarrassent plus du « desktop ». Chrome est devenu le cheval de Troie qui permet à Google de s’imposer par la force à n’importe quel système d’exploitation actuel.

Pas une seule fois n’a été cité le mot Windows, pas plus que Linux ou Mac OSX. Aucune application, aucun service ne s’encombre des univers BlackBerry, Firefox (OS) pas plus que Windows Phone 8 ou Windows Mobile 10.

La Silicon Valley, qui ne souffre pas vraiment d’une concurrence féroce en matière de systèmes d’exploitation mobiles, n’invite personne d’autre à sa table. Même pas un éditeur basé à Seattle.

Le dessein se fait un peu plus clair, année après année : le monde se divise désormais entre le web (alias... Chrome ?), iOS et Android. Une concurrence plutôt commode pour Apple et Google qui semble, pour l’instant, convenir au monde entier - mais pour combien de temps ?

Ironiquement, certains moments de la conférence d’introduction de Google I/O 2015 ressemblaient vaguement à des scènes de la série « Silicon Valley » de HBO : des volontés d’empire sans frontières en blue jeans et baskets, sur fond de charité bien ordonnée (surtout lorsqu’il s’agit de connecter « le prochain milliard d’internautes »).

C.G.