TOOLinux

Le journal du Libre

Je te tiens, tu me tiens...

mardi 26 mars 2002

On peut reprocher à Microsoft mille et une maladresses, voire des pratiques commerciales doûteuses. Mais aujourd’hui, sur le banc des accusés, l’accusé a montré les dents et a fait preuve d’une infinie perversion. En clair, il s’agit de rappeler que pour gagner une bataille, il faut s’en donner les moyens. Qui a part Microsoft a encore les moyens de combattre Microsoft ? Et, surtout, qui y a intérêt ? Sun, IBM, Oracle, Red Hat, Apple ?

Dans la salle d’audience, la critique est acerbe et bien aiguisée. Exemple : si Red Hat n’a pas su faire de Linux un système aussi populaire que Windows, que la compagnie se pose des quesitons sur sa stratégie ! C’est de sa faute, dixit la défense de Redmond, Stephanie Wheeler. "Red Hat a dépensé peu d’argent en R&D (recherche et développement) et n’a consacré qu’un budget limiité à l’évangélisation. Du coup, peu de développeurs sont enclins à écrire des applications pour Linux".

Pour le représentant de Red Hat, Michael TIEMANN, la stratégie développée par sa compagnie est autre. Le pot de terre contre le pot de fer, en somme. Certes, avoue TIEMANN, "Red Hat est peu dépensière en matière d’évangélisation, mais elle compte avant tout sur l’enthousiasme des utilisateurs extérieurs à l’entreprise pour en assurer sa propagation". Sur ce terrain, Red Hat sait qu’il ne fait pas le poids nécessaire à ses ambitions de concurrencer Windows, mais comment en serait-il autrement, dans la donne actuelle (Microsoft étant créditée de près de 92 % de parts du marché résidentiel, Apple ramassant les restes et les irréductibles réfractaires de salon) ?

Red Hat ne réclame pourtant que quelques efforts de la part de Microsoft pour garantir la compatibilité de son système (voire du reste du marché des systèmes d’exploitations) avec certains éléments clés de l’environnement Windows, jusqu’ici assimilés à des secrets d’Etat. Il semble que Microsoft ait simplement décliné cette invitation au partage et que seule la justice puisse l’y obliger. Non que Microsoft ne puisse voir Unix en peinture, d’ailleurs MacOS X est plutôt bien garni en matière d’applications de son cru. Red Hat rappelle que Microsoft a réussi à imposer son système par défaut sur les machines développées par les plus grands constructeurs, Dell en tête. Son système, Red Hat Linux, est donc une option, souvent reléguée aux catalogues en ligne des entreprises en question. Souvent, aussi, le manque d’intérêt force le constructeur à reconsidérer son intérêt pour le système libre à destination du plus grand nombre. Si Red Hat presse Redmond dans le développement de solutions à destination de systèmes alternatifs, les seuls Internet Explorer et Microsoft Office ne suffiront pas à sa peine. Encore faudrait-il reconvaincre d’autres grands éditeurs - Corel, Adobe, Macromedia, ...-, de reconsidérer leur position envers Linux. Rien n’est moins sûr.

Une journée de plus, dans le procès Microsoft...