TOOLinux

Le journal du Libre

Affaire Richard Stallman : ce qu’il a vraiment dit, sa succession

mercredi 25 septembre 2019

Désavoué, le fondateur de la Free Software Foundation (FSF) a annoncé le 16 septembre sa démission du MIT où il enseignait. Conséquence d’échanges polémiques déformés et liés à l’affaire Epstein. Qui pour succéder à Richard Stallman ?

L’un des principaux créateurs du mouvement du logiciel libre - et de la puissante FSF - a dû rendre son tablier. En cause, la publication de messages postés dans un groupe de discussion du MIT sur les répercussions de l’affaire Epstein, qui secoue depuis un mois la célèbre université américaine.

Une "affaire MIT" en septembre

Un débat agitait l’institution après des révélations de la presse américaine sur des donations (dissimulées) de l’homme d’affaires Jeffrey Epstein, retrouvé pendu dans sa cellule en août dernier.

Le premier à démissionner a été Joy Ito, ancien directeur du Media Lab au MIT, suite à révélation de cette affaire. Une semaine plus tard, Richard Stallman devait lui aussi quitter le laboratoire d’informatique et d’intelligence artificielle.

A suivi une crise de confiance au sein de la FSF. Conséquence : dans la foulée, mardi dernier, le chercheur a également dû démissionner de son poste de président de la Free Software Foundation, une association qu’il a fondée en 1985.



Que lui reproche-t-on ?

Des propos polémiques, mais en partie déformés par la presse américaine.

Richard Stallman est accusé d’avoir écrit que les victimes d’Epstein étaient « consentantes ». Ce dont doutent nombre d’observateurs, après lecture des échanges en question, largement publiés sur les réseaux sociaux.

Stallman n’a jamais réellement affirmé que les victimes d’Epstein étaient consentantes. Une simple lecture permet de confirmer qu’il prend la défense d’un ancien professeur d’intelligence artificielle, Marvin Minsky, décédé en 2016 et accusé d’avoir entretenu une liaison avec une fille de 17 ans, alors qu’il en avait 73.

Pour Stallman, il n’y « aucune raison de ne pas croire ce témoignage », mais bien de douter de l’accusation de « relation sexuelle dans la contrainte, au sens de l’utilisation de la force physique. » Il ajoute : "elle a pu être consentante".

Le passé de Stallman fait surface

Le fondateur de la FSF était considéré comme un défenseur acharné de la liberté d’expression aux États-Unis, mais ses propos et son attitude de Stallman n’ont pas toujours été appréciés au MIT.

Accusé de s’être prononcé en faveur d’un assouplissement des lois américaines sur la pornographie, la porte de son bureau affichait un message de "bienvenue aux jolies filles", message qui passait plutôt mal auprès de ses collègues.

Le 14 septembre, dans un mouvement de colère et de déception, il publiait une déclaration sur une liste de diffusion du MIT. D’une part pour s’excuser, mais également apporter une précision :

« Les médias ont déformé mes propos. Je n’ai jamais défendu Epstein. J’ai écrit qu’il était un violeur et que sa place était bien la prison. Je regrette cette déformation des propos et cette mauvaise compréhension. »

La succession est en marche

Pas de demi-mesure non plus au sein de la FSF, où les déclarations (quand bien même déformées) de Richard Stallman s’ajoutaient à "d’autres incidents" ces dernières années, un comportement jugé "incompatible avec les valeurs et objectifs" du mouvement du logiciel libre.

Red Hat n’y est pas allé par quatre chemins. Dans une lettre ouverte à la FSF, l’entreprise s’est montrée en faveur de plus de diversité pour assurer la transition et la succession :

"Le mouvement des logiciels libres tire sa force d’un environnement collaboratif, inclusif et respectueux. Tous, en ce compris celles et ceux qui ont été sous-représentés et marginalisés dans la technologie, devraient pouvoir participer librement dans les communautés open source."

Pour la filiale d’IBM, le conseil d’administration de la FSF devrait saisir cette opportunité pour nommer des représentants "issus de la diversité, raciale ou sexuelle".

Cédric Godart