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Le journal du Libre

Le corps connecté à Internet ?

mercredi 18 février 2015

Alors que l’Internet des objets évolue pour devenir l’Internet du nous, les experts en sécurité de Kaspersky Lab font équipe avec l’association suédoise de biohackers BioNyfiken afin d’étudier les réalités d’une connexion de notre propre corps à Internet.

Naguère confinés dans les superproductions hollywoodiennes et les romans de science-fiction, l’attrait des êtres humains pour les technologies capables d’encenser leurs capacités ne cesse de croitre. Grâce à l’invention et à l’adoption répandue d’implants tels que les stimulateurs cardiaques, les pompes à insuline, les prothèses auditives ou les stimulateurs cérébraux profonds, le monde se remplit d’êtres humains qui pourraient être considérés en partie comme des machines.

Cependant, l’actualité récente rapporte l’existence d’une nouvelle génération d’êtres humains qui se font greffer des technologies dans le corps, non pour des raisons médicales, mais simplement pour plus de confort au quotidien. Des implants intelligents leur permettent ainsi de commander l’ouverture de portes, d’effectuer des achats ou d’accéder à des systèmes informatiques d’un simple geste de la main. La question se pose alors de savoir si, dès lors que nous confions à notre corps des volumes croissants de données personnelles susceptibles d’être piratées, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

BioNyfiken, une association suédoise de bio hackers, est en pointe dans la normalisation et la démocratisation du « puçage », c’est-à-dire l’implantation de puces sous la peau. Ses membres n’y voient guère de différence avec le port d’une boucle d’oreille ou d’un tatouage. En effet, ils estiment que de plus en plus de personnes choisiront de se faire implanter des composants fonctionnant avec la technologie NFC de communication sans contact et renfermant diverses informations.

Patrick Mylund Nielsen, chercheur senior en sécurité chez Kaspersky Lab, commente : « La tendance dans l’Internet des objets est de créer des produits et de les mettre rapidement sur le marché. La sécurité n’est souvent envisagée qu’après-coup, si tant est qu’elle le soit. De même, bien que les implants bioniques aient été de tous temps un thème de science-fiction, rares sont les réflexions sur ce qu’ils impliquent dans la vie quotidienne : que se passe-t-il si je conserve mes clés et mes codes sous ma peau ? Est-ce que quelqu’un peut les cloner en me serrant la main ? Va-t-on me pister dans tous mes déplacements ? Le mot “Nyfiken” veut dire “curieux” en suédois, et c’est précisément ce que nous sommes par rapport aux réponses à ces questions. »

« La technologie est déjà là », souligne Hannes Sjoblad, l’un des fondateurs de BioNyfiken. « Nous voyons une communauté de plus en plus nombreuse expérimenter l’implantation de ces puces, qui permettent à leur porteur d’effectuer avec rapidité et facilité les tâches quotidiennes les plus diverses, par exemple pour accéder à des bâtiments, déverrouiller des appareils personnels sans code PIN ou donner accès en lecture à divers types de données stockées. »

« Je considère le décollage de cette technologie comme un nouveau moment clé dans l’histoire des interactions entre l’être humain et l’ordinateur, tout comme l’a été la première interface utilisateur graphique ou le premier écran tactile. L’identification par le toucher est naturelle et innée chez l’être humain, contrairement à la saisie d’un code PIN ou d’un mot de passe. Or, chaque objet supplémentaire que nous devons porter sur nous pour nous identifier, qu’il s’agisse d’un porte-clés ou d’une carte magnétique, ne constitue qu’un encombrement de plus dans notre vie. »

« C’est pourquoi nous jugeons essentiel de collaborer avec d’éminents experts en sécurité qui comprennent véritablement la technologie pour nous aider à en analyser les risques. »

« Kaspersky Lab est pour BioNyfiken le partenaire idéal dans le domaine de la recherche. Ses experts en sécurité sont non seulement très réputés mais ils sont aussi à la pointe des technologies émergentes et des recherches dès leurs débuts. »

« Nous nous réjouissons de coopérer avec les experts de Kaspersky Lab dans le cadre d’un projet de recherche sur les vulnérabilités de ces puces. Pour ce faire, des utilisateurs humains les testeront dans des situations types du quotidien. Si des failles sont identifiées, il sera bien entendu nécessaire de trouver les moyens de les corriger. »

En complément de ses recherches aux côtés de BioNyfiken, Kaspersky Lab co-organisera des événements avec la communauté des biohackers en Suède et à travers l’Europe, autour des thèmes de la sécurité et du respect de la vie privée. Il existe déjà un certain nombre d’immeubles high-tech en Suède, à l’image de l’Epicenter qui accueille des entreprises pionnières où les implants NFC sont régulièrement utilisés pour diverses activités en remplacement de différents objets.

Eugène Kaspersky, Président et CEO de Kaspersky Lab, remarque : « Personnellement, j’aimerais ne pas être pucé. Je comprends cependant que le progrès technologique ne peut pas être freiné et il existe des innovateurs qui sont prêts à tester les limites de la technologie en réalisant des expériences sur leur propre corps. Je préfèrerais juste qu’ils le fassent en connaissance de cause et en ayant la sécurité à cœur plutôt que de rajouter celle-ci a posteriori, comme c’est si souvent le cas. »

« C’est donc pour moi un plaisir d’envisager notre collaboration avec BioNyfiken afin d’étudier les implications, en matière de sécurité, de la connexion de notre corps au Web. Il est possible que nos chercheurs ne trouvent aucun motif de préoccupation mais, si des gens devaient se faire greffer une puce NFC, j’aimerais avoir l’assurance que des experts en ont soigneusement exploré toutes les ramifications. »