TOOLinux

Le journal du Libre

Linux Expo Paris 2001

mardi 25 mai 2004

Ce mercredi 31 janvier s’est ouvert l’édition française du salon Linux Expo.
Pour cette troisième édition, c’est le CNIT de La Défense qui accueille les 200 exposants.
Le salon est important, et la différence avec les salons organisés par la communauté se ressent, que ce soit au niveau du nombre d’exposants come au niveau de l’ambiance.

La journée a commencé par une keynote session où les plus gros acteurs ont exposé leur vision sur l’avenir de Linux, en particulier en entreprise.
L’après-midi, une table ronde était organisée, sur le thème "Les logiciels libre dans l’Education nationale : réalités et perspectives".

Retrouvez le compte rendu complet de cette première journée. Ce jeudi 1er février, Richard Stallman nous a honoré de sa présence sur le LinuxExpo pour une conférence dont vous pouvez retrouver le compte rendusur notre site.

Keynote session

Intervenants

Mike Lawrie (IBM), Dirk Hohndel (SuSE), Bo Liu (Red Flag Linux), Eric Allman (Sendmail), René Schmidt (Corel), Colin Tenwic (Red Hat), Henri Poole (MandrakeSoft), Steve Illingworth (Oracle)

A retenir

Mike Lawrie a insisté sur les challenges à venir pour la Communauté, tels le respect des standards. IBM ne veut pas de fragmentation, et Mike Lawrie a insisté sur la nécessité pour la Communauté de demeurer indépendante, ainsi que sur le soutien à apporter aux universitaires, « véritables réservoirs de connaissances et de compétences ».

Il a été rappelé au public que le monde informatique se rend bien compte que toute tentative de standardisation est voué à l’échec.

A la suite de cette intervention, le public a pu poser quelques questions.

Stéphane Fermigier, de l’AFUL, a demandé quelle était la position d’IBM à propos des brevets logiciels. Mike Lawrie a déclaré qu’IBM soutenait à la fois les logiciels libres et les logiciels brevetés, et que la propriété intellectuelle peut être protégée autrement que par les brevets. Selon lui, le dialogue est nécessaire pour parvenir à un équilibre.

Si la position d’IBM concernant les brevets n’étonne pas trop (IBM est une entreprise qui se doit de dégager du bénéfice), il est assez difficile de croire qu’il est possible de soutenir à la fois le Libre et les brevets logiciels, et ce double discours d’IBM n’a certainement pas convaincu toute l’assistance.

Lorsqu’il a été demandé à Mike Lawrie si « IBM [allait] enfin soutenir les standards en abandonnant Java au profit de XML », celui-ci a déclaré ne pas avoir de réponse directe.

La dernière intervention du public fut une remarque sur l’impossibilité de soutenir à la fois l’Open Source et les brevets logiciels, Mike Lawrie a été visiblement très gêné et n’a pas répondu.

Dirk Hohndel, directeur technique de SuSE, a déclaré que l’Open Source devenait un choix logique pour l’entreprise et que les brevets logiciels sont une véritable menace pour l’Open Source et tous les logiciels libres.
S’en est suivi un inventaire des qualités des logiciels libres et/ou Open Source utiles aux entreprises. Cette présentation était plutôt destinée aux personnes ne connaissant pas trop Linux.

La présentation de Red Flag Linux par son PDG a permis à l’assistance de découvrir cette distribution récente.
Bo Liu a déclaré que l’intérêt des logiciels libres en Chine dans un pays où une licence Windows 98 coûte 250 dollars (soit 4 mois de salaire) est évident.
Le gouvernement chinois soutient d’ailleurs fortement le logiciel libre, pour des questions de sécurité nationale et d’indépendance économique.

Détail ironique, Bo Liu, travaillait auparavant pour Microsoft Chine.

Cette KeyNote Session était principalement destinée aux entreprises, car il aurait été inutile de prêcher des convaincus ;

Compte-rendu

Ce mercredi a débuté à 14h00, une table ronde sur l’intérêt des logiciels libres dans l’Education nationale.
La table ronde était animée par Jean-Pierre Archambault, du CNDP. Les intervenants étaient :
- Roberto Di Cosmo (Professeur d’informatique à l’Université Paris 7, instigateur du projet DemoLinux)
- Raymond Favre-Nicolin (Responsable du CARMI Internet, académie de Grenoble)
- Bernard Lang (Directeur de recherche à l’INRIA, membre de l’AFUL)
- Jean Peyratout (Instituteur, Académie de Bordeaux, en association avec l’ABUL)
- Yves Potin (Professeur de philosophie, Académie d’Amiens)
- Jean Peyratout, instituteur dans un établissement de 200 élèves, a présenté le projet ABULédu.

La problématique était simple, mettre en place dans l’établissement un réseau entiérement basé sur les logiciels libres, tant au niveau du serveur que des postes clients (présents dans chaque salle de classe), de manière à avoir un réseau performant pour un coût très faible.
ABULédu a été créée pour équiper les écoles primaires. Dans ce but, il fallait absolument que le système soit simple à utiliser par les élèves (jeunes) et les professeurs.Il y a donc une interface simple de gestion des utilisateurs, un seul éditeur de texte, un seul traitement de texte. Jean Peyratout a déclaré que « le nombre de logiciels disponibles sous Linux, s’il fait la richesse de Linux, désarçonne le débutant. »

Un problème original est survenu lors de l’utilisation par les élèves de cette école primaire. L’identifiant des utilisateurs est de la forme prénom.nom, or, sur un clavier français le point ’.’ est assez difficile à faire (combinaison de deux touches). Afin de pallier à ce problème, les utilisateurs se connectent via un système de lecteur de carte à puce, solution pratique et économique.
Selon J. Peyratout, il est important d’initier les enfants à l’informatique via les logiciels libres, car c’est ce qu’ils voudront alors utiliser à la maison, voire en entreprise plus tard.

Raymond Favre-Nicolin a présenté le projet SLIS. Sous cet acronyme se cache un Serveur de communication Linux pour Internet Scolaire. Il s’agit d’une passerelle, detinée à interdire certaines fonctions de navigation ( sites bloqués ) et en ajouter.
Quatre académies contribuent à ce projet : Grenoble, Nancy, Créteil, Rennes.
Les avantages de SLIS sont une administration distante, externalisée et surtuot une interface d’administration simple ( par menus HTML ).

SLIS est sous licence GPL, donc tout le monde peut l’installer, y participer.

Là encore, l’accent a été mis sur l’importance des logiciels libres dans la formation du citoyen.

Tous les intervenants sont d’accord sur le fait que l’offre logicielle pédagogique est insuffisante.

Roberto Di Cosmo précise que plus on approche des élèves en bas âge, plus il y a de logiciels propriétaires fermés. Il déclare donc que Linux doit relever « le défi du desktop » et « faire face à la désinformation qui a été faite sur les logiciels libres ( interfaces austères, logiciels peu nombreux ) »

Pour ceux qui sont encore réticents à l’installation définitive de Linux ( en passant par un repartitionnement du disque dur ), DemoLinux permet de tester Linux sans toucher au système. Il s’agit d’un CD sur lequel il suffit de démarrer pour pouvoir tester Linux. Ce CD n’installe rien sur l’ordinateur, et permet de se rendre compte de ce qu’est Linux, à travers les deux interfaces les plus adaptées au néophyte : GNOME et KDE. Une suite bureautique ( StarOffice ) est également fournie.

R. Di Cosmo a également protesté contre l’impossibilité de se faire rembourser la licence Windows intégrée au prix de chaque ordinateur acheté, et contre la récente taxe des CD-R, qui pénalise tout le monde, alors que beaucoup de consommateurs de CD-R ne se servent pâs de leur graveur pour copier de la musique.

Yves Pottin dirige un groupe mis en place par le CNDP et chargé de donner une liste de logiciels pouvant être utilisés dans le cadre scolaire et/ou administratif.
Parmi ceux-ci, il y a StarOffice et LyX dans la catégorie Editeurs, BlueFish comme éditeur HTML, gwget ( aspirateur web ), GIMP Sketch et qcad dans la rubrique outils graphiques, Dr Genius en mathématiques, ...

Lors des questions-réponses avec le public, l’APRIL a déploré que l’Education nationale ne reconnaisse pas le logiciel libre et ne permette aps aux professeurs de prendre sur leur temps de travail pour y travailler ( comme c’est le cas pour les logiciels propriétaires ). De plus, les documents du Service Public sont encore diffusés au format propriétaire .doc

Bernard Lang s’est quant à lui longuement exprimé sur les brevets logiciels, qu’il a qualifiés de « grand danger ».
Il a toutefois insisté sur le fait que le droit d’auteur doit perdurer et sur le fait que les lois économiques actuelles ne peuvent pas s’appliquer à l’immatériel et qu’aucun brevet ne doit être appliqué à une connaissance. Le risque principal danger est selon lui une culture mondiale dominée par la société détentrice des brevets.
« Notre liberté dépend de la liberté de notre culture, or les brevets sont une perte de liberté et de culture ... » a-t-il conclu.

Une enseignante de Strasbourg présente dans l’assistance a signalé que dans la nouvelle option du Brevets des Collèges ( informatique et internet ) apprend aux élèves que toute connaissance a un propriétaire, ce qui est faux.

Au final, même si cette table ronde a laissé de nombreux espoirs, elle a également montré qu’il reste beaucoup de choses à faire pour que les logiciels libres soient utilisés en masse dans l’Education nationale.