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Le journal du Libre

Logiciel libre : en 2007, la France est aux premières loges

lundi 16 juillet 2007

Une Assemblée plus "Libre"

L’Assemblée nationale française fait aujourd’hui figure de pionnier en généralisant, depuis la rentrée parlementaire 2007, un "poste de travail libre" adapté aux besoins des députés. Cette mise en oeuvre faisait suite à une réflexion engagée en 2006 sur le recours accru aux logiciels libres à l’Assemblée nationale.

ATOS Origin s’est vu confier l’étude préliminaire. Le projet a lui été défendu par les députés Richard Cazenave et Bernard Carayon (UMP). Objectif : réduire d’une part la dépendance à un fournisseur (Microsoft) et réaliser de substantielles économies, malgré certains coûts de mise en oeuvre et de formation. L’appel d’offres a finalement été remporté par 2 sociétés de services : Linagora et Unilog.

Techniquement, les micro-ordinateurs - la mesure concerne 577 députés - seront équipés d’un système Linux (Ubuntu) et des principaux logiciels libres dont Firefox, un client de messagerie ouvert (Thunderbird) et la suite de productivité OpenOffice.org 2.0.

Satisfecit de la principale organisation de défense des logiciels libres en France, l’APRIL, par la voix de son président, Benoît Sibaud : « Après le bug législatif DADVSI aux conséquences désastreuses, nous avions pu nous réjouir que le principe d’une politique publique de promotion de l’interopérabilité, des standards ouverts et du logiciel libre soit acté dans un rapport remis au Premier ministre. »

L’association lançait dans la foulée de la Présidentielle 2007 un "Pacte du Logiciel Libre". Le texte visait à "encourager les administrations, établissements publics et collectivités territoriales à développer et utiliser prioritairement des logiciels libres et des standards ouverts."

L’Assemblée, symbole d’un plus largement mouvement des collectivités et services publics

Dans le même esprit que l’introduction des logiciels libres à l’Assemblée Nationale, sur proposition au groupe MRC de Jean-Christophe Frachet, le Conseil de Paris a voté le 25 juin dernier un voeu relatif à l’équipement en logiciel libre des prochains ordinateurs portables mis à disposition des élus de l’assemblée parisienne. Cette proposition, formulée par les élus du groupe Mouvement Républicain et Citoyen, envisage que les ordinateurs portables accordés aux élus du Conseil de Paris soient équipés en logiciels libres, dans le cadre du projet ODS. Facteurs évoqués : l’intérêt que représente l’utilisation des logiciels libres pour la maîtrise des outils de traitement de l’information, la culture de créativité, de partage et d’indépendance qu’elle véhicule

Le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche fera lui aussi basculer - d’ici 2009 - ses serveurs locaux (environ 400 machines) du système d’exploitation Windows NT Server vers la distribution Linux Mandriva Corporate Server 4.0. Au terme d’un appel d’offre public, Mandriva a été retenue pour assurer ces prestations qui s’étaleront sur une période de 18 mois et qui concerneront potentiellement plus de 200 personnes au sein du ministère français. Après un rendez-vous manqué avec "l’histoire" lors des résultats de l’appel d’offres destiné aux postes de travail des députés français, le PDG de Mandriva François Bancilhon a enfin de quoi se réjouir.

En 2004, le Ministère de l’Equipement choisissait Mandriva pour remplacer 1500 serveurs Windows NT à l’échelle nationale. Déjà, à l’époque, Renaud Dutreil et Jean-Pierre Raffarin déclaraient que la "concurrence était ouverte" entre les solutions Open Source et propriétaires pour le million d’ordinateurs en service au sein des administrations.

3000 visiteurs pour ’Paris Capitale du Libre’ 2007

Satisfecit pour la 2e édition de "Paris Capitale du Libre", qui s’est déroulée les 13 et 14 juin derniers : 3000 participants, soit trois fois mieux que la première édition en 2006, se sont pressés dans les allées du Palais des Congrès. A l’occasion de l’évènement Paris Capitale du Libre, l’ASSL a formalisé son changement de dénomination en Fédération Nationale de l’industrie du Logiciel Libre (FNILL). Objectif : mieux représenter l’industrie du Libre.

L’édition 2007 était placée sous le thème principal "Collectivité et logiciels libres en Europe". Plus de 60 intervenants représentant 10 nationalités différentes ont été accueillis dans les différentes tables rondes dédiées aux enjeux sociaux, économiques, politiques et technologiques des logiciels libres.

Les organisateurs s’avouent entièrement satisfaits et tirent un bilan extrêmement positif de cette nouvelle édition. Pour Alexandre Zapolsky, président de l’ASS2L et initiateur de Paris Capitale du Libre : "L’édition 2007 a reflété la maturité dont fait désormais preuve le marché du Libre en France. Nous l’avons compris et la France se montre exemplaire dans le domaine : notre seule chance d’asseoir notre position de leadership dans la compétition économique mondiale dans le secteur des TIC passe par le développement d’une industrie du logiciel libre forte en France et en Europe."

Zapolsky d’ajouter : "Cet élan ne doit pas s’arrêter en si bon chemin : nous sommes heureux de pouvoir déjà confirmer l’organisation d’une troisième édition de ’Paris, Capitale du Libre’ en 2008. Nous la préparons déjà d’arrache-pied avec nos partenaires et notre ambition est de battre de nouveaux records."

Lutèce d’Or : les "Oscars" du Libre existent déjà.

Avec 12 projets récompensés et 12 trophées décernés, les « Lutèce d’Or » - hommage à l’une des premières initiatives de reversement et de contribution au Libre menée par la Mairie de Paris. - ont été remis dans le cadre de ’Paris, Capitale du Libre’. Cette cérémonie a eu lieu dans le salon d’honneur de l’Hôtel de Ville de Paris à l’occasion d’un dîner réunissant les 300 personnalités françaises et européennes du logiciel Libre.

Le prix spécial du jury a été remis à Neuf Cegetel pour le projet EasyGate - terminal simple d’utilisation permettant d’effectuer la plupart des opérations courantes nécessitant un ordinateur -. Quant au grand prix du jury, il est allé à PloneGov, projet de développement d’applications informatiques par et pour les collectivités locales. Autres heureux élus : l’association Framasoft, InLibroVeritas, VideoLAN, MINEFI/DGCP - Pôle national de dématérialisation avec le projet XEMELIOS, France Télécom R&D pour le projet CLIF, INL pour le projet NuFW. La personnalité de l’année n’était autre que l’Assemblée Nationale "pour la décision prise par l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré et les Questeurs Messieurs Drut, Gaillard et Migaud de migrer les postes de travail des députés vers le logiciel libre."

Linagora revendique une position de leader

Alexandre Zapolsky, l’initiateur de ’Paris Capitale du Libre’, est aussi le PDG de la société de services en logiciels libres Linagora, laquelle, désormais alliée à AliaSource, se positionne comme "leader français des services et solutions Libres". Le "Groupe Linagora" comptera une centaine de collaborateurs pour un CA de 9 millions d’euros fin 2007. Son siège est basé à Paris et il dispose de deux implantations régionales : l’une à Lyon, l’autre à Toulouse. L’ambition du groupe est de "créer un acteur en mesure d’accompagner les projets majeurs et stratégiques de déploiement de logiciels libres en France et constituer le leader européen en s’implantant en Belgique, Suisse, Allemagne et Angleterre d’ici 2010."

Le constat est évident : la consolidation des acteurs du Libre en France est en marche.