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Le journal du Libre

Mark Shuttleworth répond aux critiques sur la contribution de Canonical aux logiciels libres

vendredi 17 septembre 2010

Certains ont alors lancé un débat autour du fait que Canonical se séparait de la communauté des développeurs GNU/Linux. Une affirmation qui se base sur la propension de Canonical à considérer la contribution sous forme de code secondaire. Une position qui peut étonner venant d’une société particulièrement active dans le développement d’une distribution GNU/Linux à succès.

Mark Shuttleworth vient de publier un long billet sur son site où il tente de répondre à nouveau à ces détracteurs.

Il commence par un paragraphe élogieux en direction de la communauté du logiciel libre. Il rappelle qu’une distribution est constituée d’organes et de cellules qui en sont les constituants sans lesquels elle ne peut exister. Il cite tout particulièrement la communauté GNU. Un clin d’oeil volontaire quand on sait que le slogan d’Ubuntu a longtemps était “Linux for Human beings”.

Rappelons que Linux n’est “que” le noyau : le code exécutable qui permet au système d’exploitation GNU de dialoguer avec le matériel. Certes GNU sans Linux n’est rien, bien qu’il existe d’autres combinaisons possibles de GNU comme celle deDebian avec un noyau FreeBSD.

Mark Shuttleworth concède volontiers qu’Ubuntu n’est qu’une petite partie d’un énorme environnement. Cependant, son objectif est clairement de promouvoir le logiciel libre au travers de sa distribution et de tout faire pour assurer sa promotion et son utilisation par le plus de monde possible.

Il reconnaît que Canonical a approche différente. Une différence assumée et réclamée au nom de la diversité de l’environnement du logiciel libre. La critique qui consiste à dire que les efforts de Canonical sont autocentrés n’est pas justifiée pour lui. Il a le sentiment de défendre pleinement la cause de la communauté.

La contribution d’Ubuntu consiste à réduire les points qui empêchent les utilisateurs d’essayer des logiciels libres comme :

- l’installation considérablement simplifiée avec Ubuntu,
- la prise en charge d’un maximum de matériel,
- la recherche d’une expérience utilisateur la plus agréable possible.

Toujours selon Mark Shuttleworth, Ubuntu et Canonical ont avant tout porté leurs efforts sur l’assemblage de composants plutôt que sur les composants eux-mêmes. Une façon de reconnaître à demi-mot la faible participation au code de ces projets. Cela reste cependant un point délicat quand on sait l’importance que joue le reversement de code dans le fonctionnement du logiciel libre.

Il insiste pour finir sur l’importance des logiciels libres. Il incite à regarder le schéma d’ensemble plutôt que les détails. Pour lui cette polémique relève d’une sorte de maladie auto-immune ou l’organisme s’attaque lui-même.

Je vous incite à lire le texte complet (en anglais) dont je ne vous livre ici qu’une version tronquée et pouvant potentiellement contenir des contre-sens.

Cette prise de position est une confirmation de ce qu’Ubuntu a toujours voulu être : une distribution qui se soucie d’abord de l’utilisateur et son confort. Non pas que les autres distributions n’aient pas ce souci, mais force est de reconnaître qu’à ce jour jour Ubuntu reste sans réel concurrent sur ce créneau.

Il faut néanmoins tempérer l’enthousiasme de Mark Shuttleworth par le fait que les distributions GNU/Linux (y compris Ubuntu) n’ont pas réellement progressé sur le poste de travail de l’utilisateur. Si Ubuntu est devenu la distribution la plus utilisée, elle n’a pas pour autant été en mesure de créer une rupture qui fasse évoluer la situation de façon significative.

Je sais aussi que cette prise de position qui met en avant les avantages pratiques renforcera la conviction des purs et durs du logiciel libre qu’Ubuntu passe à coté d’une partie de l’éthique du logiciel libre et de son message. Un erreur qui selon eux un jour l’entraînera à commettre une concession de trop.

A ce jour, et à titre personnel, je continuerais d’installer de l’Ubuntu chez tous ceux qui voudront goutter à un système d’exploitation libre et découvrir la formidable bibliothèque des logiciels associés. Mais n’oublions pas au passage de rappeler le message associé à ces logiciels en direction de notre société et des changements qu’elle doit réaliser.

Je rejoindrais aussi Mark Shutleworth sur l’importance de la cohésion de la communauté du logiciel libre qui est très prompt à s’entre-déchirer dans des débats souvent technico-technique ou ethico-éthique voir les deux en même temps. Est-ce que ce sera le cas sur ce billet ? Les commentaires vous sont ouverts comme toujours.

Philippe SCOFFONI