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Anne NICOLAS (Mageia) : "Ne pas craindre la fragmentation de Linux, mais la répétition, le cloisonnement et la stagnation."

lundi 11 avril 2011

Anne Nicolas était VP engeniering chez Mandriva. Elle est aujourd’hui à la "tête" de l’association Mageia, qui développe la distribution. Celle-ci n’aurait plus de relation formelle avec son "inspirateur", Mandriva, même si "Mageia a clairement annoncé son intention de collaborer et apportera sa contribution, dès que cela sera possible, au sein de projets communs impliquant ces distributions."

Quelle place peut aujourd’hui occupé une enième distribution dans un écosystème déjà bien fragmenté ? "Ce n’est pas la fragmentation qu’il faut craindre - c’est la
répétition, le cloisonnement et la stagnation. Nous avons lancé Mageia pour redonner les clés du projet à sa communauté, pour constituer cette communauté autour de règles de fonctionnement plus saines et fluides et lui permettre de s’organiser pour innover autour et dans la distribution."

Comment s’est déroulé cette rupture et quelles sont aujourd’hui les relations entre les deux commnautés ? "Le 18 septembre 2010, nous avons concrétisé un fork, une rupture avec un projet dans lequel nous ne retrouvions plus, en terme de valeurs, d’organisation et de réalisations. Chaque personne au sein du projet gère à sa manière cette rupture en fonction des liens qu’elle a pu avoir avec Mandriva (salarié, contributeur de longue date, utilisateur passionné...). Certains ont choisi une rupture complète pour mieux tourner la page, d’autres continuent à apporter leur soutien ou leur contribution aux 2 distributions. C’est un choix personnel. Nous veillons simplement à éviter des débordements et des débats inutiles et subjectifs concernant les origines mêmes du fork."

Y avait-il, au moment de ce fork, une certaine nostalgie de l’époque Mandrakesoft. Ou est-ce une autre époque ? "Mandrakesoft correspondait à un contexte et une époque particulière : pionnière dans l’édition d’un Linux grand public, elle a innové et
ouvert la voie. Aujourd’hui le contexte est bien différent, et ce sont d’autres voies que nous espérons ouvrir et expérimenter avec Mageia."

L’aspect communautaire doit-il être complété par une vision industrielle de la distribution ? "Mageia est menée par sa communauté, pour sa communauté et pour ce que chacun de ses membres souhaite pouvoir réaliser avec. Notre objectif premier a été la mise en place de la communauté, son organisation et démontrer sa capacité à réaliser et livrer une première distribution. Beaucoup reste à faire, mais après 7 mois, je pense pouvoir dire que nous sommes en train d’y arriver."

Quid de l’adossement à une SSII ? La réponse est nuancée, les jeux sont ouverts. "Les entreprises sont considérées comme des acteurs à part entière de la communauté depuis le début. Il nous semblait cependant difficile d’entamer cette approche sans avoir déjà un projet concret, stable et utilisable." Il convient aujourd’hui de finaliser l’identité et les objectifs de Mageia. "Des entreprises peuvent donc tout à la fois participer au projet à travers leurs employés ou des moyens qu’elles fournissent - et en bénéficier en proposant produits, services et support commerciaux autour de la distribution Linux ou d’autres activités démontrées dans le projet. Un appel dans ce sens sera bientôt lancé, avec l’idée de "référencer des entreprises qui souhaitent apporter des services aux professionnels ou aux particuliers, autour de la distribution. Notre intention est aussi d’identifier et mieux connaître ces entreprises afin de s’assurer qu’elles constituent une vraie opportunité pour l’utilisation de Mageia dans un contexte de production."

Le planning initial de la distribution tient pour l’instant la route, là où Mandriva a montré quelques signes de ralentissements ces derniers moiss. La feuille de route fixée en janvier sera-t-elle respecté ? "Nous nous y efforçons. C’est pour nous également un signal fort à envoyer quant à la capacité du projet à s’organiser dans la durée. Notre organisation est forcément différente de l’époque de Mandriva puisque nous n’avons pas la prédominance d’une entreprise au sein de notre gouvernance. Nous avons souhaité une gouvernance représentative et méritocratique. Aujourd’hui un Conseil est composé de personnes élues pour leur participation, leur implication et la reconnaissance de leurs équipes. En tant que représentantes, elles sont dépositaires de la confiance accordée par les contributeurs du projet à sa gouvernance. C’est pour nous une composante essentielle." Communauté ne signifie pas… anarchie ! "Chacune des équipes et le conseil tiennent des réunions régulières pour organiser le travail au quotidien, décider de la stratégie, gérér des conflits éventuels."

La distribution est en phase de développement. Elle est donc avant tout recommandée aux utilisateurs avertis, mais qui sera susceptible de télécharger et d’utiliser Mageia, demain ? "Nous pensons être parvenus à une version déjà relativement stable, il reste encore quelques corrections à apporter. La version prévue pour le 1er juin, elle, s’adressera à tous. Ce sera un socle système stable et solide pour le poste de travail fixe ou mobile, le serveur et pour d’autres usages à développer par la suite. Nous portons un soin particulier aux environnements de développement car nous souhaitons aussi attirer l’attention des développeurs sur Mageia - tant pour ce qu’ils pourront y apporter que pour ce qu’ils pourront faire avec."

Et pour ceux qui viennent du monde Mandriva, des ponts seront (forcément) créés. "Nous nous sommes également imposé pour contrainte d’offrir une mise à jour sans douleur et simple depuis les versions de Mandriva 2010.1 et 2010.2."

Liens : Mageia / Mageia sur Facebook