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Build 2015 : la métamorphose de Microsoft dans un monde « open »

jeudi 30 avril 2015

De notre correspondant à San Francisco

Non, Windows 10 ne sera pas un système d’exploitation open source. Certaines rumeurs étaient fondées. Celle-là attendra peut-être son heure. L’entreprise vient, l’air de rien, de fêter son 40e anniversaire et semble s’engager de manière beaucoup plus énergique dans une transformation sur le fond et sur la forme.

La preuve, s’il en fallait, qu’un géant, qu’on croyait indestructible il n’y a pas 15 ans, peut perdre la main à tout moment de son histoire, mais surtout se reconstruire. On reprochait alors à Microsoft d’imposer Internet Explorer, Windows, MSN et ses formats propriétaires au reste du monde, empêchant des écosystèmes hors circuit de se développer. Windows équipait la totalité (à quelques pourcents près) des ordinateurs du monde.

Que s’est-il passé ? L’aveuglement, le lucre, l’avènement du mobile dans une direction inattendue, quelques trains de retard et l’illusion que Windows serait invincible. Il n’en serait rien. Apple, Facebook et Google - plus largement la Silicon Valley - ont capturé l’attention du monde. Nous sommes en 2015. Et l’histoire semble se répéter : iMessage, Facetime, Airdrop et d’autres pans de la forteresse Apple ont pris le relais. Le contrôle semble tout simplement avoir... changé de mains.

« Je n’avais pas vraiment l’impression d’assister à une conférence de Microsoft », confie Lucio, venu d’Italie. « J’ai eu pour la première fois l’impression qu’ils me parlaient sans m’imposer quoi que ce soit, en me proposant leurs services peu importe que j’utilise Android, Linux, Solaris... » Il prend des notes sur une tablette Samsung, me confie utiliser Fedora sur un Macbook qui doit avoir 8 ans et répond à des SMS depuis un iPhone. Faites le compte : pas un seul terminal Microsoft dans sa valise.

Un éditeur, avant tout

Lors de la conférence Build 2015, qui se tient jusqu’à vendredi à San Francisco, Microsoft a ainsi fait la démonstration qu’il avait compris - par nécessité, sans doute - que l’heure était venue de jouer pleinement son rôle d’éditeur - d’applications et de systèmes - dans un monde plus ouvert qu’hier, un monde largement dominé par deux de ses concurrents, Google (Android, Chrome) et Apple (iOS, Mac OSX).

Restait à Microsoft à s’adapter à la nouvelle donne, ce que l’éditeur fait avec un certain brio et une relative décontraction, même si les enjeux brûlent : Windows ne fait plus rêver les développeurs, les ventes d’ordinateurs personnels chutent trimestre après trimestre et chaque téléphone de la gamme Lumia coûte désormais 12 centimes à la société. Il y a urgence.

Que faire ? Développer ses applications et services peu importe les systèmes et les univers, ce que Microsoft fait désormais (MSN, Office, OneDrive) sur tous les fronts, à l’exception notable des systèmes Linux où ses applications - mais pas ses services - nécessitent encore un brin d’émulation.

Sur le terrain du nuage, par contre, difficile de ne pas évoquer des annonces qui, il y a cinq ans à peine, auraient paru invraisemblables. On accusait alors GNU/Linux d’être le « cancer du monde informatique ». Aujourd’hui, Azure (qui a monopolisé la première heure de la conférence d’introduction), n’a qu’un seul mot en tête, « open ». Les kits de développement sont désormais, façon Google, disponibles simultanément sur Windows, Mac OSX et... Linux. Des portions de .Net sont passés à coeur ouvert. Et le terme Docker fait presque office de ponctuation durant certaines présentations. Une machine virtuelle Mac OSX précède une autre, sous... Ubuntu. « Vous avez tous entendu parler de Linux, non ? » Sourire dans l’assemblée !

Le milliard dans un an ?

Pour la prochaine version de Windows, promise à tous les écrans de toutes les tailles, du « Raspberry Pi (sic) à Hololens » en passant par les téléphones, les tablettes, les ordinateurs et la XBox, une annonce importante transporte les développeurs présents. Elle concerne la grande variété des sources à partir desquelles on peut désormais développer une application Windows 10 universelle : un simple site web, une application existante .Net/Win32, mais aussi du code Android (Java/C++) et même Objective C (iOS). Ces mêmes apps seront incrustées dans la réalité virtuelle à la sortie de HoloLens, plus tard cette année.

Internet Explorer n’est plus. Le projet Spartan porte désormais le marque « Edge ». Ce sera le « Chrome » de Microsoft, un navigateur qui se veut respectueux de tous les standards du web. Développé pour Windows 10, il se murmure qu’il pourrait être porté ailleurs (Mac OSX, Linux), comme le reste des logiciels et services. Des annonces dans ce sens pourraient encore être effectuées cette semaine (une nouvelle « keynote » est organisée ce jeudi matin, heure du Pacifique).

Á défaut d’attirer les vocations jusqu’ici, le nouveau Windows - pour smartphone et d’autres écrans - s’est trouvé un destin disons... pragmatique. Microsoft compte combler le fossé applicatif qui le sépare d’Android et iOS en permettant aux développeurs d’utiliser le code de leurs applications existantes sur d’autres plateformes (comprenez Android et iOS) pour enrichir le milliard d’utilisateurs que l’entreprise fondée par Bill Gates et Paul Allen croit pouvoir rallier à la cause de Windows 10 d’ici... 2016.

C. Godart