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VA Linux : une réorganisation sans conséquence en Europe

jeudi 22 février 2001

C’est désormais Ali Jenab qui va prendre la direction opérationnelle de VA Linux. Ce changement devrait en annoncer d’autres.

Malgré une augmentation conséquente du chiffre d’affaire par rapport à l’année dernière pour son second trimestre fiscal (+111%) à 42,5 millions de dollars, les bénéfices sont loin d’être au rendez-vous. Les sorties ont elles aussi augmentées, et dans des proportions plus inmportantes. Plus inquiétantes encore sont les prévisions de chiffre d’affaire pour le trimestre à venir. Ce dernier pourrait tomber à 30 millions de dollars, soit une baisse de 33% !

Conséquence immédiate, les perspectives de rentabilité de la société ont bien sûr été repoussées. Initialement prévues pour le début de l’année prochaine, c’est dorénavant Octobre 2002 qui est en ligne de mire.

Un impact fort de la nouvelle économie

Le retournement de tendance de la nouvelle économie semble être l’un des principaux problèmes de VA Linux. En effet, c’est dans ce secteur que se situent aujourd’hui la plupart de ses clients. Et aujourd’hui, ces clients n’achètent plus. L’heure est en effet à la réduction des coûts et, par voie de conséquence, à la diminution des invcestissements. " Le marché des dot.com a été bouleversé sur les 6 derniers mois, avec une conséquence sur nos résultats" nous a confirmé Didier Guyomarc’h, reponsable du développement des activités de VA en France. "De plus, VA a réalisé aux Etats-Unis de nombreuses acquisitions sur le premier semestre 2000, en prévision d’une croissance identique, sans avoir jamais réorganisée son activité globale."

Eric Raymond, membre du Conseil d’Administration de la société - et théoricien de l’Open Source - va quant à lui encore plus loin. Pour lui, cette situation est entièrement normale, et il n’y a pas de quoi s’affoler ! "Les cycles de l’économie font leur oeuvre, il y a des suppressions d’emplois dans l’ensemble de l’économie — et ça, aussi, devrait changer."

Un autre facteur qui semble plus durable, est celui de la concurrence des acteurs traditionnels de l’informatique qui se positionnent dorénavant sur le marché Linux, et notamment celui des serveurs, coeur de métier de VA Linux. IBM, Compaq, HP, Dell ou Silicon Graphics (SGI) se positionnent aujourd’hui sur ce qui semblait être un domaine réservé de VA Linux. Et ces derniers disposent depuis des années déjà de leurs entrées chez les grands comptes. La confiance s’est déjà installée, et les démarches commerciales en sont bien évidemment facilitées. Les prochains mois devraient donc être intéressants pour savoir si les pionniers de Linux et de l’informatique libre ont la capacité de concurrencer les poids lourds sur le long terme. Il est probable que leur positionnement soit tout simplement différent.

SourceFoarge, Andover.net & OSDN ...

Les réductions d’effectifs devraient inévitablement toucher le staff technique, mais "OSDN [NDLR : Open Source Development Network, le réseau de sites internet de VA Linux traitant de l’Open Source] et Sourceforge font partis de nos priorités pour l’entreprise, et ne sont pas affectés par les récentes annonces" précise Didier Guyomarc’h. Positionnement logique : il faut en effet souligner que l’un des principaux piliers de la stratégie de rentabilité de la société pour les prochains mois est "SourceForge On Site", une version de SourceForge adaptée aux développement internes d’une société. Son équipe devrait donc être préservée au maximum.

Les persepctives de croissance de la société ont été revue à la baisse. Euphorique il y a un an, la société redescend aujourd’hui sur terre. Le rachat d’Andover.net - qui a servit de base à la galaxie OSDN - il y a de cela à peine un an était valorisé à un peu moins d’un milliard de dollars à l’époque. L’échange s’était fait essentiellement en actions. Aujourd’hui, la valorisation de la société dans son intégralité est inférieure à 300 millions de dollars ! De quoi limiter les capacités de croissance externe de la société.

Un marché qui se cherche

En Europe, la réorganisation ne devrait pas avoir de conséquence directe. Les effectifs sont en effet relativement réduits, et le potentiel de croissance reste entier.

Le marché semble aujourd’hui chercher ses marques autour de Linux. Les phases de tests dans les grands comptes se multiplient, des projets pilotes sont lancés et commencent à aboutir. Mais les déploiement à grandes échelles restent peu nombreux. Un responsable de Lotus le soulignait récemment : "Nos clients pensent sérieusement à faire basculer une grande partie de leur parc informatique sous Linux, principalement pour des raisons de stabilité du systèmes [...] et ces projets concernes plusieurs milliers de postes !".

Mais lorsqu’il s’agit de ce type de déploiements, ce sont les grands acteurs traditionnels qui sont choisis. Ce sont en effet les seuls à-même d’offrir une taille suffisante à leurs clients à la fois pour le déploiement d’infrastructures et la fourniture de prestations de services. Ce n’est pas un hasard si les grands déploiement sont aujourd’hui le seul fait d’IBM : 15 200 serveurs sur 7200 sites pour une chaîne de distribution Japonaise, une partie du réseau mondial d’Elf, ... . Les pionniers de Linux se positionneront probalement dans le sillage de ces poids lourds afin de bénéficier de leur aspiration : sous-traitance, compétences très pointues et petits déploiements seront sans aucun doute les pistes choisies par les différentes sociétés.

Liens :

- Le site officiel de VA Linux

- SourceForge on Site

- Analyse personnelle de Eric Raymond (en anglais)

- Open Source Development Network